Dégustation du soir, Réunion

Savanna Métissage: de Canton à Madras

On continue l’aventure en terre réunionnaise métissée avec les deux dernières références de cette série Métissage commencée sur un air gascon. Cette fois-ci plus question d’Armagnac mais on va le voir, deux bouteilles qui devraient faire plaisir à ceux qui suivent Savanna régulièrement. C’est parti pour la suite, toujours accompagné de Thomas pour les notes évidemment 🙂

Madras

Si vous suivez un minimum Savanna et que je vous dis « Grand Arôme Chai Humide », normalement ça devrait faire *tilt*. Pour les autres petit rappel: Savanna a déjà sorti deux Grands Arômes « Chai humide », le premier en 2016 (avec un rhum de 2007 âgé de 8 ans) et le second en 2018 (toujours avec un rhum de 2007 mais âgé de 10 ans cette fois). Les deux ont beaucoup plu aux amateurs du genre et autant dire que la relève a la pression avant même de sortir 😉 Nous voilà donc sur ce 3e Métissage crossover avec la série Chai Humide, soit un Grand Arôme distillé en 2007 toujours et vieilli 12 ans en fût ex-Cognac dans ce fameux chai humide donc. Le rhum a été embouteillé au titre de 60,3%, à 678 exemplaires et il rend hommage, comme son nom l’indique, à la population venue d’Inde qui a énormément influencé, elle aussi, l’île de la Réunion.

Nez

Le côté « Chai humide » (à savoir beaucoup d’olives) ne ressort pas immédiatement au nez. Le profil est d’abord un beau mélange de boisé et de fruité, avec du raisin de Corinthe qui se noie dans les épices, réglisse en tête. Avec l’ouverture les fruits apparaissent avec de l’ananas (plutôt l’écorce du fruit pour Thomas), de la pêche, des fruits rouges (fraise, cassis, mûre) et quand même de l’olive noire. Le tout sur un fond de boisé agréable (j’y retrouve le parfum du cèdre), accompagné de notes de violette, salines/iodées, minérales et même café et menthol par moments. Bref un nez très très complexe et que je trouve très agréable.

Bouche

Là en revanche pas de doute, c’est bien un Grand Arôme Chai humide dans le verre… Les marqueurs du genre sont bien présents, l’olive est très marquée. Elle s’accompagne plus de fruits tropicaux tels que l’ananas, la mangue et le fruit de la passion. Le boisé est présent aussi et est bien épicé avec du poivre et de la girofle notamment, ainsi qu’un petit côté toasté. La longueur en bouche est très marquée par les olives elle aussi, avec un peu de boisé tout de même.

Canton

Last but not least, direction la Chine avec ce rhum qui nous propose une finition qui jusqu’ici m’a toujours énormément séduit sur les rhums Savanna. La finition en fût de Moscatel, puisque c’est d’elle dont on parle, je vous en ai déjà parlé (il y a longtemps) sur un rhum agricole. Ici Savanna nous revient avec cette finition bien trop rare à mon goût mais sur un rhum traditionnel/industriel. J’ai déjà hâte de goûter à ce rhum distillé en 2007 et qui a passé 12 ans en fût ex-Cognac avant de voir la lumière du Moscatel. Malheureusement il s’annonce déjà comme le plus compliqué à trouver puisqu’il n’y en a que 300 exemplaires embouteillés au titre de 55,1%… La dernière population mise à l’honneur dans la série est donc la population chinoise, issue de la région de Canton, qui a elle aussi largement contribué à la société réunionnaise telle qu’elle est aujourd’hui.

Nez

Le côté sucré/caramel est le principal marqueur, en tout cas au premier contact. Il s’accompagne de notes empyreumatiques avec un boisé légèrement toasté et du cacao grillé. Derrière ce premier rideau viennent rapidement les fruits, avec une fraîcheur clairement marquée par les agrumes, presque citronnée. Il y a aussi des notes d’abricot, de litchi et de citronnelle. L’ensemble est lié par un côté pâtissier qui donne à ce profil une belle gourmandise, ponctuée de vanille et de réglisse. Ce nez est enjôleur et augure de bonnes choses pour la suite.

Bouche

Il y a une belle cohérence entre le nez et la bouche. Les marqueurs principaux restent le caramel, le boisé et les agrumes. La fraîcheur se retrouve ici aussi mais elle dévie vers les écorces d’orange, voir les orangettes avec une touche chocolat noir. En tout cas il est directement expressif en bouche, pas de round d’observation ici. Quelques notes iodées et une pointe d’arômes me rappelant l’Armagnac viennent compléter les sensations (agréables). Un beau rhum qui apporte exactement ce que j’en attendais!

Conclusion

Voilà donc qui clôture cette série Métissage avec, après les deux « finish Armagnac », deux finitions différentes mais loin d’être sans intérêt. Le Madras trouvera à coup sûr son public, les amateurs de chai humide sont nombreux et ils seront comblés. Le Canton est sans doute plus clivant mais c’est au final celui des 4 pour lequel il y a le moins de cols donc la chasse est ouverte et ça s’annonce déjà épique! Dernier point, au moment de clôturer cet article les bouteilles ont commencé à sortir, du moins via La Maison du Whisky. Les 4 bouteilles sortent un rien sous les 130€ (pour du 50cl pour rappel). Pour les deux premiers, qui sont des 16 ans d’âge, le tarif me semble plutôt intéressant, il suffit de comparer ce que font les autres producteurs « industriels » comme tarif pour du 16ans tropical pour s’en rendre compte. Pour les deux de cet article-ci, qui sont donc des 12 ans, le tarif est plus « conventionnel » dans le marché d’aujourd’hui, mais en tout cas ils ne sont pas aussi haut que les tarifs qu’appliqueront les revendeurs du second marché malheureusement… Merci donc Savanna pour cette belle série et pour les samples, c’est toujours un plaisir 🙂

Retrouvez ces rhums sur l’application RumX, ici pour le Madras et ici pour le Canton.

5 réflexions au sujet de “Savanna Métissage: de Canton à Madras”

  1. Bonjour,
    Merci pr ce compte rendu et info de sortie, étant moi-même fan de cette distillerie et de ses « grands arômes » ; pr l’instant, seul produit qui me déçoit chez eux, la cuvée « maison blanche » (avec, il me semble, ajout de sucre -dommage) un peu trop quelconque et consensuelle à mon goût… Mais pour le reste, rien à redire avec une distillerie qui, je trouve, sort des produits originaux, de qualité et à un tarif qui respecte le consommateur alors qu’ils pourraient en profiter.
    Pour info, pour ceux qui ne savent pas, il est possible de commander directement à la distillerie : pour l’achat de 2 bouteilles, même avec des frais de port élevés, c’est en gl intéressant niveau tarifs….
    A bientôt 😉

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    1. Hello, juste pour corriger: Savanna n’ajoute pas de sucre à ses rhums, aucun 😉 La cuvée maison blanche est en effet un assemblage de traditionnels donc plus consensuel. Ma préférence personnelle va au 2006 🙂

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  2. Re-
    J’ai bien précisé « il me semble » car je ne suis plus sûr à 100% mais seulement à 80% d’avoir lu cette info concernant cette cuvée….et comme en +, je n’ai plus le lien de cette source….
    Par contre, tu peux aller constater ici : https://durhum.com/de-rhums-en-mesures/ à la ligne « Savanna », une des cuvées mesurée avec la présence de sucre (oui,je sais, c’est décevant qd même !)
    Savanna Intense 8 ans (2002/2011) 57.4 54.8 11-16 (ces 2 deniers chiffres sont le sucre mesuré)
    Ceux qui ns lisent peuvent en profiter pr relire tous ces articles (pas mal de liens ds l’article de cyril), tjrs intéressant et instructif 😉

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    1. Alors 2 choses:
      premièrement concernant la cuvée maison blanche (et les autres) l’info vient de la distillerie donc pas de doute en ce qui me concerne, la pratique n’existe pas.
      deuxièmement concernant l’article de Cyril (Durhum) qui reprend les résultats notamment de Fat Rum Pirate, il faut garder en tête que la mesure est indirecte. C’est à dire que l’on mesure une différence de densité du rhum par rapport à un mélange alcoolique du même titrage. Par extrapolation on en déduit que la différence est due à un ajout de sucre mais ce n’est pas une mesure directe du sucre. Ensuite concernant le rhum dont tu parles je ne peux pas me prononcer mais il faut garder en tête que les finitions en fût ex-quelque chose peuvent toujours apporter un ajout de sucre si le fût a contenu quelque chose de sucré avant, le fût restant imbibé d’une quantité variable de jus (un fût n’étant jamais laissé sec. Une finition en ex-fût de Porto par exemple apportera toujours une certaine douceur au rhum. J’imagine que le taux mesuré vient de là mais sans plus d’informations on ne peut pas le certifier.

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  3. Bref, le débat à ce sujet est loin d’être terminé ! 😉 Merci pr toutes ces infos 😉 A bientôt pr d’autres dégust’ 😉

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