Dégustation du soir, Jamaïque

Hampden 1993: combinaison de rêve?

Il y a des distilleries dont le nom résonne chez les amoureux de rhum, de ces distilleries qui vous emmènent directement dans une autre dimension. La distillerie Hampden en fait partie, elle qui est si emblématique de l’engouement autour des rhums jamaïcains actuels.

Il y a aussi, dans chaque distillerie, des années sur lesquelles les anges se sont particulièrement penchés. Dans certains cas on parlera d’influence de la météo sur une récolte (songez aux rhum martiniquais de 1998 par exemple), dans d’autres l’influence est ailleurs mais dans tous les cas on retrouve dans ces années un faisceau de convergence qui mène à une qualité supérieure à la moyenne. Et s’il ne fallait citer qu’une année chez Hampden ce serait évidemment 1993. Cette année-là (comme disait l’autre), on a l’impression que tout ce qui sortait de chez Hampden s’est transformé en merveille. Dans certains cas c’est vrai mais l’humain est ainsi fait qu’il aime généraliser et que certains rhums qui auraient sans doute été jugés « moyens » une autre année sont devenus « formidables » au moment de leur étiquetage millésimé. Je vais donc aujourd’hui me pencher sur 4 embouteillages de cette mythique année, et voir si oui ou non, le mythe est justifié 😉

Crédit photo: Arnaud de Lausnay

1 – Samaroli Hampden 1993-2011 – 45%

Parce qu’il faut bien commencer quelque part nous allons débuter avec le rhum réduit de la série. Mais pour le présenter je dois introduire son grand frère, le Samaroli 1993 full proof. Légende parmi les légendes, ce rhum est considéré par pas mal de monde comme LA référence absolue. Et du coup, difficile pour son petit frère, la version réduite, de se faire sa petite place au soleil. Et pourtant s’il y a eu une personne dans le monde capable de faire de magnifiques réductions, c’est bien Silvano Samaroli. Penchons-nous donc sur cet embouteillage de 2011, d’un rhum âgé de 18 ans donc (approximativement) et réduit par le maestro à 45%. Peu d’indications sur le vieillissement (Samaroli oblige) mais il a certainement passé une bonne partie de son temps sur le continent de la vieille Europe, la tradition jamaïquaine étant d’exporter la production avant vieillissement.

Nez

Le profil est à la fois marqué Jamaïque et à la fois tout doux. L’ananas domine sans être outrancier, comme atténué par un côté minéral, entre la mine de crayon et les notes soufrées. Il est accompagné d’un peu de vanille, de fruits confits, de notes pâtissières (pâte de Brioche crue, notes de levures) et d’une note d’olives, voire de tapenade.

Bouche

L’ananas du nez est encore là mais il est grillé et nettement en retrait. Le boisé et les épices se font eux bien ressentir, même si l’ensemble reste très léger. On sent clairement l’effet de la réduction avec une longueur limitée en bouche, marquée par l’amertume du bois et un peu d’ananas pour relever le tout.


2 – Samaroli 1993 Full Proof – 65,6%

Après ce « petit frère », continuons dans la fratrie avec l’aîné, alias « La Licorne ». Ce rhum, embouteillé en 2014, est resté longtemps sur les étagères sans trop se faire remarquer. Il n’était certes pas donné pour l’époque mais était déjà reconnu des amateurs. Et puis le monde du rhum est devenu fou et d’un rhum qui tournait autour des 250€ on est passé à un rhum au minimum 10 fois plus cher sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi. Reste à voir si ce fameux « 93 Full Proof » (donc non réduit) est à la hauteur de son mythe (sans tenir compte de son prix).

Nez

La différence avec le premier rhum est nette. L’ananas est ici bien mûr, d’abord présent dans une fraîcheur opulente, avec de belles notes végétales, un peu de poivre et juste ce qu’il faut de boisé. Avec l’évolution le fruité s’intègre et s’équilibre avec une pointe de sucrosité qui apparaît pour adoucir l’ensemble. Des notes de fruits rouges font également leur apparition. Un très beau profil.

Bouche

La force du full proof se fait bien sentir, la première bouche est vive et expressive. Le marqueur principal est pâtissier, très nettement marqué. Viennent ensuite l’olive, l’ananas, la vanille et une pointe de fruits tropicaux, principalement en début de bouche et dans la longueur.


3 – Guildive Hampden 1993 23 ans – 61%

Changement d’embouteilleur, cap au nord vers la Suisse pour un Hampden sélectionné par Cave Guildive. On a déjà parlé de cet IB, notamment avec un New Yarmouth magistral. Ici nous sommes face à un Hampden, bien entendu de 1993, et vieilli 23 ans comme nous l’indique l’étiquette. Il titre à 61% mais peu d’indications sur son parcours. Comme les autres on peut supposer qu’il a vieilli intégralement sur le continent européen.

Nez

Une claque. Voilà le sentiment ressenti au-dessus de ce verre. Le nez est juste énorme, avec un mélange voluptueux d’ananas et d’amande, le tout caramélisé, pour former un ensemble ultra expressif et tellement gourmand. Pour accompagner ce duo on retrouve des notes d’olive (en arrière plan principalement), du bois brûlé et une acidité agrumesque qui me fait penser au pamplemousse.

Bouche

L’ananas caramélisé du nez prends ici aussi ses quartiers mais il a été arrosé de jus de citron vert pour y ajouter une fraîcheur, voire une acidité, et contrebalancer ce côté fruit très mûr. Le boisé est très discret et s’accompagne de jolies notes pâtissières, même beurrées, et de notes de fraises. J’aime beaucoup 🙂


4 – Silver Seal Hampden 1993-2013 – 50%

Dernier de la série, nous retournons en Italie mais cette fois chez Silver Seal. Là aussi bien entendu c’est pour un Hampden de 1993 âgé de 20 ans cette fois puisqu’il a été embouteillé en 2013. Le titre est ici intermédiaire puisqu’il est sorti à 50%. Et de nouveau on s’arrêtera là pour les infos, décidément on ne peut pas dire que Hampden 1993 rime avec déluge d’informations…

Nez

On sent bien la filiation entre tous ces rhums. De nouveau les marqueurs principaux sont l’ananas et la pâtisserie. On est ici plus sur la brioche beurrée, bien riche. Elle s’accompagne d’une fraîcheur d’agrumes, citron vert de nouveau, et d’un boisé tout discret, presque caché dans le sucre cuit qui ressort au fur et à mesure de l’aération du verre.

Bouche

Aussi surprenant que ça puisse paraître la première bouche est toute en finesse. Ce n’est qu’une fois la dégustation avançant que le rhum va prendre de l’ampleur sur le palais. Le profil est très marqué par l’olive (plus que les autres) et par l’ananas. Le boisé est discret, comme au nez, et accompagnés de fruits caramélisés. La longueur est très marquée par l’olive, malheureusement pour moi .


Conclusion

Les meilleurs choses ayant une fin il est temps de clore cette belle dégustation jamaïcaine. Elle aura été riche en enseignements et aura appris, si l’on fait encore l’impasse sur les tarifs 2 minutes, que la trame commune est clairement là. Prenez de l’ananas, de l’olive et un morceau de brioche et vous avez le triptyque gagnant. Les variations se faisant au final entre l’équilibre dans ces 3 « branches » et les quelques arômes supplémentaires qui vont ajouter tantôt de la fraîcheur, tantôt de la rondeur.

Rayon préférence personnelle, étant donné que j’ai beaucoup de mal avec l’olive quand elle est très marquée, mon classement est assez facile. La version Guildive étant nettement au-dessus du lot pour moi, le Silver Seal passant à la trappe à cause de cette olive trop présente et le Samaroli réduit étant trop discret. Seul le Samaroli Full Proof parvient à tenir la dragée haute au Guildive pour mon palais.

Reste le rayon qui fait mal… le tarif. Gardons en tête que ces rhums sont tous sortis à des tarifs relativement proches, n’excédant pas les 200€. Pour cette gamme de prix là, seul le Samaroli réduit ne mérite pas le détour, les autres faisant tout à fait le job. Maintenant, comme souvent, le problème ce sont les prix actuels qui n’ont plus aucun lien avec la qualité de la bouteille. Et je plains l’amateur qui se gardait depuis des années un Samaroli 93 fp pour son anniversaire rond et se retrouve devant le dilemme de l’ouvrir ou pas, sachant qu’il fait une croix sur une somme énorme pour une bouteille de rhum. Heureusement pour moi (ou malheureusement), aucune de ces bouteilles ne fait partie de ma cave donc je me consolerais sur autre chose. En revanche si vous en avez une dans le bar je ne vous dirais qu’une chose: bonne dégustation 😉


Retrouvez ces rhums sur l’application RumX par ici: Samaroli réduit, Samaroli full proof, Guildive et Silver Seal

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