Dégustation du soir, Jamaïque

New Yarmouth: 2005, l’année des esters?

Aujourd’hui nous nous dirigeons au coeur de la tradition rhumière, sur une île qui vit et respire rhum depuis des siècles: la Jamaïque. Parmi les grands noms du rhum jamaïcain tels qu’Hampden, Long Pond ou encore Appleton il y a des distilleries un peu moins connues comme celle dont nous allons parler aujourd’hui: New Yarmouth!
Alors non, la distillerie n’est pas neuve, elle fait partie du même groupe qu’Appleton et le rhum qu’elle produit sert, en temps normal, à la réalisation du grand classique qu’est le Wray & Nephew Overproof. Sans doute certains fûts ont dû être vendus à un broker et celui-ci, après une douzaine d’années en chai, s’est dit qu’il était temps de les vendre sous ce « nouveau » nom…
Je ne fais que supposer mais je ne dois pas être si loin de la réalité 😉

Nous allons donc goûter plusieurs embouteillages qui ont deux points communs: la distillerie (New Yarmouth) et l’année de distillation (2005)! Différents embouteilleurs au programme pour un grand comparatif plein d’esters, de quoi parfumer une maison entière pendant quelques jours.


Compagnie des indes New Yarmouth 2005 – 55%

Commençons par le plus « light » des 4, ce rhum embouteillé par la Compagnie des Indes en 2017 à un titre de « seulement » 55%. Le rhum a passé 12 ans dans un seul et unique fût. Dans le verre il est très clair, le bois ayant assez peu marqué la robe.

Nez

Pas de doute, on est en Jamaïque: ça sent le profil chargé en esters lourds à deux mètres. Le nez est ultra-pâtissier, entre le pain beurré et la biscotte grillée (à moins que ce ne soit l’inverse). On y retrouve aussi des notes d’amande, voire de frangipane, et de brioche. C’est riche, beurré et gras: très expressif mais certainement pas agressif malgré les 55%. Derrière ce profil, les fruits parviennent à se frayer timidement un chemin. Je dirais du fruit frais, pas trop mûr comme on le retrouve souvent dans les rhums « high ester ».

Bouche

On reste dans la ligne directrice du nez avec une bouche pâtissière également, même si les fruits sont plus présents sur le palais. On parvient à distinguer l’ananas frais et la mangue derrière ce côté brioché toujours présent et marqué.
C’est gourmand et un peu plus « punchy » que ce que le nez pouvait laisser penser, ils sont là les 55%. Le profil pourrait être un peu plus fruité encore pour gagner en gourmandise et en faire un vrai délice mais c’est tout de même très agréable!


Compagnie des indes New Yarmouth 2005 DK – 64,1%

On monte dans le titre alcoolique avec ce deuxième embouteillage de la marque, cette fois destiné exclusivement au marché danois. Un New Yarmouth 2005 comme le précédent mais indiquant 13 ans d’âge et surtout un titre de presque 10% de plus. On est toujours en présence d’un Single cask, donc forcément en quantité limitée (275 bouteilles en ce qui nous concerne ici).

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Nez

Le profil aromatique est plus « gourmand » que celui du petit frère à 55%. Les premiers arômes qui m’ont marqué sont le chocolat et la mangue. Leur présence appuyée donne au profil un côté « rond » indéniable, sans pour autant masquer les 64% du titre alcoolique. Viennent ensuite quelques arômes pâtissiers et du caramel. On en serait presque surpris de se trouver face à un jamaïcain si tout cela ne se passait pas sur un fond de solvants typiques, bien que discrets.

Bouche

Les 64% répondent présent dès le premier contact et font de ce rhum un rhum puissant sur le palais, même s’il ne provoque pas cette sensation d’excès que peuvent parfois montrer les bruts de fût. Le profil est chaud et marqué par les fruits, plutôt cuits et pas forcément exotiques: j’y retrouve, mêlés, de la pêche et de la prune notamment.
Comme au nez c’est gourmand et légèrement pâtissier, marqué aussi de temps en temps par des arômes de caramel. On a là un rhum assez différent des autres New Yarmouth à mon sens, avec un profil qui tire vraiment sur une rondeur caramélisée, enrobée d’un profil jamaïcain typique et avec du caractère… Surprenant mais très bon!


Cave Guildive Jamaica 2005 (New Yarmouth) – 68%

Continuons en changeant d’embouteilleur avec cette bouteille de chez Cave Guildive, l’embouteilleur suisse habitué aux pépites « high voltage ». Toujours un 2005 donc, toujours vieilli 12 ans mais aucune mention de single cask sur la bouteille.

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Nez

On est ici face à un nez plutôt gourmand. Un mélange de brioche beurrée et de fruits bien mûrs, voire même cuits. De l’ananas et de la mangue et une pointe de menthol. L’alcool est hyper bien intégré, aucune trace des 68% au nez. On croirait une rhum réduit tellement c’est bien fait. Plus le temps passe, plus le rhum s’arrondit, devient presque « sirupeux » et fruité à la fois. Un vrai nez enjôleur, loin des solvants jamaïcains classiques.

Bouche

On sent déjà bien plus l’alcool en bouche mais ça reste supportable. C’est aussi gourmand qu’au nez, avec toujours ce côté brioche beurrée. Les fruits deviennent presque compotés, c’est légèrement sucré en bouche et très agréable. La réglisse pointe aussi le bout du nez en fin de bouche. Un petit côté végétal et épicé est présent aussi, mais sans que je ne puisse mettre des noms dessus.
C’est ultra bien fait et très intéressant.


SBS Jamaica 2005 (New Yarmouth) – 67,2%

Enfin direction les chais de l’embouteilleur danois 1423 S.B.S avec ce New Yarmouth distillé en juin 2005 et embouteillé en 2018. Le fût a donc vieilli un peu plus de 12 ans avant d’être mis en bouteille. Seulement 245 bouteilles sur le marché, autant dire que ça n’est pas resté disponible très longtemps 😀

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Nez

67%, c’est pas le genre de rhum qu’on attaque en mettant franco le nez dans le verre, sous peine de picotements pas forcément agréables! Donc premier contact après quelques dizaines de minutes d’aération et étonnamment c’est relativement accessible. Niveau arômes on retrouve le profil fruité jamaïcain « classique », c’est à dire de l’ananas et de la mangue juste mûrs, mais aussi des notes de raisin bien sucré. L’amande est présente aussi, avec des touches boisées et pâtissières. Des arômes de cerise pointent aussi le bout du nez, plutôt le noyau que la chair du fruit d’ailleurs. Les solvants typiques de l’île sont en revanche assez absents et du coup le résultat est plutôt gourmand.

Bouche

Là par contre pas de doute, les 67% sont bien présents: c’est chaud et vif dès le premier contact. La bouche entière se réveille d’un coup. Une fois passé la première sensation les arômes pâtissiers du nez dominent, avec un côté beurré marqué.
Mais à côté il y a aussi des fruits cuits, voire confits. Les solvants absents du nez font là leur apparition, un peu en arrière-plan, avec quelques arômes lourds à la limite des hydrocarbures. C’est moins fruité et agréable que ce que le nez laissait penser. Une petite réduction aurait peut-être pû améliorer la dégustation.


Conclusion

Le résumé de cette dégustation horizontale est très instructif. J’ai retrouvé dans chacun des 4 rhums une colonne vertébrale commune, que l’on peut certainement attribuer à la distillerie et sans doute un peu au millésime. Mais à côté de ces arômes communs viennent se greffer sur chacun des rhums des particularités qui font que malgré l’année et la distillerie commune, j’ai retrouvé 4 rhums différents lors des dégustations.
Il va maintenant falloir confirmer ces bonnes dispositions sur d’autres années et des rhums d’âges différents mais en tout cas voilà une distillerie que je vais continuer à garder à l’oeil! 😀

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