Salons - évènements

Whisky Live Paris 2022

2019… Lors de ma dernière participation à un Whisky Live Paris, le monde était bien différent. Souvenez-vous: octobre 2019, je commençais à sérieusement m’intéresser aux « gnacs » (Cognac et surtout Armagnac), nous commencions à nous inquiéter de la flambée de certains prix dans le monde du rhum tout en se disant que ça allait se calmer. Trois ans, un petit virus et quelques illuminés plus tard, nous voilà en 2022 dans un monde qui n’a plus grand chose à voir. Du coup on se raccroche aux valeurs sûres: se lever tôt un dimanche matin pour prendre le train en direction de Paris avec les amis!

Edition 2022, nous voilà!

Un salon (en général) et donc un Whisky Live à fortiori, ça se prépare. On télécharge l’application, on repère les stands immanquables et les amis à saluer derrière les comptoirs, on check les horaires de train des copains pour voir avec qui on fera les trajets et surtout on fait des choix! Car oui, le Whisky Live, en 2019 c’était déjà énorme, mais en 2022 c’est devenu gigantesque. Et j’ai beau ne toujours pas toucher au Whisky, il y a quand même de quoi s’occuper une bonne semaine sans regoûter une 2ème fois le même flacon. Donc on applique, déjà avant le premier pas dans la Grande Halle de la Villette le bon vieil adage « Choisir c’est renoncer ». Et première conclusion avant même de se plonger dans son verre, renoncer à certains achats sera facile tant les prix ont explosé! Les bouteilles impayables sont devenues monnaie courante, certains stands en faisant d’ailleurs une spécialité, à croire que la réalité de 2022 n’est pas la même pour tout le monde…

Premier arrêt: le rhum

Commençons ce compte-rendu par la canne. Au programme, relativement peu de choses pour moi tant je n’attendais pas grand chose de ce côté-là du salon. Un joli coup de cœur (double en fait) sur les nouveaux Longueteau « Constellation » avec un blanc batch 2 très frais et floral, avec de belles notes d’agrumes, et un premier batch vieilli (le batch 1 mis en vieillissement en fait) assez gourmand, marqué par la noisette grillée, il m’a bien plu. Passons d’île en île avec la sélection de LMDW: le Renegade « Études » (le Dunfermline-Pot Still mis en vieillissement) ne m’a pas ému outre-mesure, il était tel que je l’attendais, c’est à dire jeune et proche du blanc. Je vous fait grâce du dernier opus de Wild Parrot, un rhum de chez WIRD à la Barbade qui du haut de ses 26 ans (1996 tout de même) était certes pas mal fait mais à un tarif complètement rédhibitoire.

Du côté de chez Neisson il y avait pas mal de choses à goûter et heureusement, parce que là pour ce qui est de se les offrir « la question est vite répondue » comme dirait l’autre. Rayon presque abordable le nouveau « Vieux Straight from the barrel n°249 » ne m’a vraiment pas convaincu, beaucoup trop boisé à mon goût et loin de ce joli boisé délicat que j’aimais tant chez Neisson. Côté impayable il y avait du choix (et non je ne parle même pas du kit « ti’punch » à 3500€) mais il fallait tomber au bon moment. La plus « facile » était la nouvelle cuvée « prestige » Nonaginta. Au programme un assemblage « d’exception » (en fait une très grosse majorité de 2004 déjà bien vu chez Neisson, avec une pointe de 2000 et de 1997) et surtout un tarif hallucinant de 2000€. Rayon dégustation j’ai trouvé le profil assez plat, avec un boisé déjà plus proche de ce que Neisson sait faire mais qui manquait de relief. Après avoir passé la journée de dimanche à courir après les 15, 18 et autre Armada, nous avons fini par rencontrer Alex Bobbi lundi et là nous avons pu être servis de ce qu’il restait. Oubliez donc l’Armada, elle n’avait pas survécu jusque là. Le 15 ans batch 4 (millésime 2005) nous montrait enfin ce qu’on aime chez Neisson, un boisé joliment construit, fin, avec de la gourmandise et des épices. Il a semblé un peu sage mais aurait sans doute mérité un contexte plus adapté. Le 18 ans batch 3 (millésime 2004) quant à lui m’a séduit par son nez très convaincant, un beau mélange de boisé et de gourmandise. Reste que les tarifs devraient freiner pas mal d’ardeurs (la mienne en premier): 495€ le 15 ans et 875€ le 18 ans… Quand on voit que le 15 ans batch 3 est encore trouvable dans les 365€…

Au stand The Nectar en revanche pas de souci d’approvisionnement, de bouteilles cachées et de tarifs prohibitifs. Mario nous proposait plusieurs bouteilles intéressantes. Je retiendrai le Ghana qui n’a certes que 2 ans d’âge mais qui m’a semblé vraiment intéressant gustativement. Le Guyana (un Versailles de plus) ne proposait rien de plus que ce que ses frères nous proposent un peu partout ces temps-ci, avec des notes torréfiées trop marquées pour moi. Le Maurice (un New Grove finish Porto) est très marqué par le finish mais reste bien fait, le Réunion n’a que 4 ans au compteur en fût de Bourbon (apparemment) et était à la fois trop jeune et trop boisé…

Dernier arrêt et lieu de mes véritables coups de cœur du salon en rhum, les Plantation de la série Antipodes (la sélection LMDW donc). Au menu il y avait un Fiji 2007 fruité et riche comme je les aime, un Long Pond STCE 1995 très exubérant, bien fruité et marqué par les solvants et enfin un Trinidad 2001 merveilleux, avec de très beaux fruits confits et ce profil TDL archi gourmand qui fonctionne si bien. Là où la redescente fait mal c’est quand on voit les tarifs… Les189€ pour le Fiji pourraient encore passer, mais les 299 du Trinidad et 315 du LongPond sont totalement injustifiés, surtout au vu des tarifs habituels de Plantation. Dommage…

Deuxième arrêt: cap au sud-ouest

Maintenant que le dossier « rhum » est traité on peut aller saluer les amis et passer à l’Armagnac 🙂 Premier arrêt donc les amis de L’Encantada. Bon soyons franc, on a surtout discuté en dégustant l’une ou l’autre référence, ce qui fait que niveau notes c’est très pauvre de mon côté… À noter principalement chez eux la nouvelle « Collection Renaissance« , qui débute avec trois sélections embouteillées non pas dans les bouteilles classiques de la marque mais dans une bouteille qui se veut plus esthétique et « collectionnable ». Au programme il y a un Le Frêche 2006 de 15 ans (330 bouteilles), un Cutxan 2006 également (donc 15 ans lui aussi, 240 cols) et enfin un Artigaux 1989 de 32 ans (205 bouteilles). Les bouteilles sont illustrées avec les œuvres d’une artiste (Mariyem Moutaouakkil) et sont en train d’être commercialisées à l’heure où je vous écrit. J’ai goûté les trois mais impossible de vous en dire plus, faute de notes (oups).

Rayon Armagnac je suis ensuite passé rapidement par le stand LMDW/Version Française sur lequel j’avais repéré un Armagnac Ténarèze (Famille Fezas 1981). Je ne l’ai dégusté que rapidement mais je n’y ai pas retrouvé ce que j’aime dans le Ténarèze, même s’il était bien fait avec des marqueurs classiques du genre, fruits secs, raisin confit et boisé.

Direction ensuite vers un autre ami, Jean-Philippe et ses Armagnacs du Domaine de Charron. Il y avait là des choses que j’avais déjà eu la chance de goûter donc je me suis focalisé sur les nouveautés, notamment un n°149, un nom barbare pour identifier une eau-de-vie dont le compte d’âge ne permet pas (encore) d’indiquer le millésime sur la bouteille. Néanmoins l’intention est de le sortir tel quel, à savoir avant qu’il n’ait atteint ses 10 ans de fût. Il m’a bien plu, avec cette touche de fraîcheur qui lui permet de sortir du lot. Pour le plaisir je suis ensuite passé au 1996 mais ce n’était que par gourmandise et sans prendre de notes.

Enfin j’ai terminé par le stand qui se trouvait juste à côté, les Armagnacs Delord, chez qui je suis tombé littéralement amoureux d’une blanche de Colombard absolument dingue, avec un fruité fou. J’ai bien dû conseiller la bouteille à une dizaine de personnes tout au long du week-end et je ne peux qu’en faire autant pour vous! Tant qu’à être lancé je me suis également plongé dans la gamme complète mais cette blanche m’avait complètement retourné l’esprit et n’a pas permis aux vieux Armagnacs de la maison de prendre le dessus. À regoûter une prochaine fois donc.

Troisième arrêt: le cognaçais

La transition est évidente, quand on parle d’amis et de jus de raisin, les cognaçais ne sont jamais loin! Gros programme épinglé avant la visite du salon, quelques stands auguraient d’un séjour prolongé en ce qui me concerne. À tout seigneur tout honneur, on commence par « the place to be », le stand de la famille Grosperrin.

Axelle nous accueille avec un lineup à faire pâlir la plupart des autres stands du salon, tous spiritueux confondus! Une douzaine de références, allant des années ’90 à l’entre-deux guerres, il y avait du très lourd. Je me suis concentré sur les références que je ne connaissais pas encore. Au menu le nouveau Fins Bois 1980, d’un fruité dingue et gourmand à souhaits, un vrai coup de cœur même si l’année lui donnait déjà une longueur d’avance 😉 J’ai également relevé une Petite Champagne de 1973 pleine de fruits rouges, ainsi qu’une Grande Champagne n°72, issue de l’assemblage de deux 1972 du cru, très typée « Grande Champagne », avec un beau fruité charpenté, marquée par les fruits noirs. Pour le plaisir je suis repassé sur d’autres trésors mais je me suis contenté de les re-savourer, comme cette Grande Champagne 33-39 délicieusement servie à la dame-jeanne même.

Après un passage rapide chez Rémi Landier dont je retiendrai le Très Vieux Fins Bois, tout en finesse et en délicatesse, je me retourne pour passer chez les amis Amy et Jean Pasquet. Là aussi une table bien remplie avec toute la gamme Organic (donc leur production propre) ainsi que les références actuelles de Confluences et des Trésors de Famille (donc leurs Cognacs de négoce). J’ai passé mon tour sur les Organic 04-07-10 que je connais déjà bien mais que je ne peux que vous conseiller. J’ai commencé par la dégustation du nouvel opus de leur Folle Blanche, un cognac fait maison, 100% Folle Blanche évidemment, et vieilli 10 ans. Le boisé est sec et expressif, une belle version et un Cognac abordable financièrement. J’ai goûté ensuite au 2006 « Pedro Ximenez cask » (commande pour un client allemand) mais n’étant pas fan des finish PX, je vous fais grâce de mon ressenti!

Pour la suite je ne peux que vous conseiller d’essayer de goûter à la gamme avant de choisir une bouteille, tant chaque Trésor de Famille a, en plus d’une histoire à raconter, une trame originale liée aux origines forcément variées. Dans l’ensemble ce sont toutes de très belles eaux-de-vie, avec un boisé plus ou moins marqué et une balance entre les épices et les fruits qui varie selon la référence. Mention spéciale pour le Cognac de Claude, avec une magnifique gourmandise!

Le bout du tunnel est proche mais il me reste un dernier arrêt dont je vois vous parler. Non, ce ne sera pas un compte rendu du stand Drouin, qui fut comme d’habitude une franche réussite mais qui a surtout été l’objet d’une discussion amicale de plus, malgré les dégustations toutes plus intéressantes. Non je vais rester dans les Cognacs avec une marque que j’étais content de voir ressurgir tant elle apportait une gamme très intéressante il y a quelques années, Through the Grapevine. Je resterai toujours marqué par ce merveilleux Fillioux 75, donc lorsque j’ai vu non seulement l’annonce du retour de la marque, mais également quelques jolis noms connus parmi les premières références j’ai forcément marqué le stand d’une croix blanche dans mon planning.

Bien décidé à faire l’intégrale, j’ai suivi l’ordre du démonstrateur et commencé par le Forgeron n°92, un Cognac typique Grande Champagne, avec toutefois une légère astringence enfin de bouche. Est venu ensuite le Château de Beaulon 1988, un joli domaine (très beau jardin à visiter d’ailleurs) en Fins Bois avec des cépages moins courants. Le millésime présenté ici ne m’a pas convaincu (je l’ai trouvé trop sec et marqué par les sous-bois), dommage car ils ont de jolis Cognacs millésimés. Le Vaudon n°75 est beaucoup plus typique des Fins Bois, avec un nez séducteur et une bouche agréable, sur le raisin mûr. Le Fillioux n°63 est fidèle à la qualité de la production du domaine: une très belle Grande Champagne, avec un très joli nez, plein de gourmandise, et une bouche follement riche et exubérante, un coup de cœur (prévisible, certes, mais quand même). J’ai terminé par les deux pépites de la gamme: en premier un Vallein Tercinier n°38, avec un nez plus porté sur le tabac et le raisin sec, et une bouche marquée par les fruits noirs et la torréfaction. Le verre vide embaume le tabac et la cannelle, on y resterait des heures. L’autre grand moment est venu du Prunier n°47, là aussi avec un nez très riche sur le boisé et les épices, quand la bouche se pare de raisin sucré et d’un magnifique boisé ciré, plein de gourmandise.

Le seul souci de la dégustation est survenu à la fin, au moment de regarder la liste de prix. Là où Through the Grapevine se voulait une gamme regroupant de beaux Cognacs à des tarifs corrects, les prix de 2022 n’ont absolument plus aucun rapport. Alors on aura beau me dire que l’inflation et la crise des matières sèches est passée par là, voir un Fillioux 63 à 450€, soit au triple du prix du Fillioux 75 d’il y a 4 ans, c’est tout bonnement effrayant. Alors quelle est la part d’inflation et quelle est la part d’augmentation purement commerciale dans l’histoire, je ne sais pas, mais autant dire que même soldé je ne suis pas sûr de me faire plaisir dans la gamme, malgré la belle qualité gustative de la sélection.

Conclusion

Et cette réflexion sur les tarifs Through the Grapevine est malheureusement extensible à une bonne partie du salon. L’impression générale sur ce qui était présenté est la même: les tarifs ont complètement explosé. Dans certains cas il s’agit d’une évolution logique, les produits de bonne qualité étaient sans doute vendus à trop bon prix avant, et les coûts ayant augmenté, un prix à la hausse était inévitable. Mais à d’autres stands l’impression d’être pris pour le dindon de la farce était un peu trop visible, voire même assumé. Je reste donc sur un avis mitigé sur le salon et plus largement sur le monde des spiritueux, qui va devoir rapidement réagir et choisir sa voie, car à l’heure où la majorité a du mal à payer sa facture d’énergie, pousser sans arrêt les prix vers le haut est un jeu très dangereux quand on veut garder une clientèle qui déguste le rhum autrement que noyé dans le coca, surtout quand la carafe à un prix à 5 chiffres!

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