Dégustation du soir, Spiritueux (hors rhum)

Grosperrin: un tour dans les Borderies?

Le Cognac, on le sait, est régit par une Appellation d’Origine Contrôlée: l’AOC Cognac. Or, celle-ci délimitée, au sein de la zone de production, différents crus basés notamment sur la nature du sol. Si certaines délimitations peuvent paraître légèrement arbitraires, d’autres prennent tout leur sens et délimitent un véritable « terroir ». Nous allons justement nous pencher sur le plus petit cru de l’appellation: les Borderies.

Les Borderies, c’est à peine 5% du vignoble de la région, c’est un sol décalcifié qui donne des eaux-de-vie réputées pour leur vieillissement plus rapides que les voisines Grande et Petite Champagne. Mais un Cognac de Borderies c’est surtout un profil organoleptique unique, à la fois proche et différent des autres Cognacs.

Forcément, une si petite partie de vignoble offre peu de production et donc moins d’embouteillages. Mais lors de mon passage l’été dernier par Saintes, j’ai suivi Guilhem Grosperrin à travers un petit voyage au milieu du chai et du cru, écoutant l’histoire (et goûtant le contenu) des différents fûts dénichés au fil du temps. Et aussi passionant que soit ce moment suspendu, lorsqu’il dû se terminer j’ai eu la chance de repartir avec un « doggy bag » de certaines des bouteilles dégustées (avec de magnifiques étiquettes de la main d’Axelle). Je vais donc vous faire mon retour sur ces 5 bouteilles, de la jeune 12 ans à la vénérable n°28. C’est parti pour une ballade sur la rive droite de la Charente!

1 – Borderies 12 ans – 50,8%

Premier arrêt dans les Borderies avec ce « petit » 12 ans (lot n°700). Produit aux alentours de Burie par deux frères, ce Cognac a été vinifié avec des levures indigènes, élevé sur lie et distillé dans le petit alambic personnel (au feu de bois) du domaine. La description complète se trouve sur le site des Cognacs Grosperrin. La bouteille, qui titre à 50,8%, est encore trouvable aux alentours de 75€.

Nez

Immédiatement on sent la jeunesse de l’eau-de-vie. Le profil est frais, d’un boisé teinté de verdure et d’un côté végétal, presque floral. Les fruits sont principalement représentés par le raisin blanc, légèrement sucré, comme s’il manquait encore de maturité. Des notes de vanille et de bois toasté viennent enrichir le profil au cours de la dégustation.

Bouche

En bouche on est sur la continuité, avec là aussi un profil frais et jeune. Le boisé est présent pour un profil de Cognac « classique », agréable et bien fait mais tout en légèreté. Les fruits sont toujours verts, le raisin se voyant agrémenté d’une touche de fraise. La longueur n’est pas très persistante. Un Cognac léger et facile, histoire de bien débuter.


2 – Borderies n°79 – 53,6%

Deuxième arrêt, nous nous rapprochons de Saintes pour ce Cognac non-millésimé n°79 (lot n°682). Peu d’informations supplémentaires du fait de son arrivée dans le chai Grosperrin qui s’est faite via un intermédiaire, le lot ne contenait qu’une centaines de litres (105 exactement), embouteillé à 53,6% en mars 2019 il est vendu 185€.

Nez

Immédiatement on sent beaucoup plus la « marque » Borderies. Le nez est un mélange de boisé et de fruits mûrs. C’est floral et en même temps gourmand, gorgé de soleil. Les fruits sont presque tropicaux: un peu d’ananas se mêle au raisin et aux agrumes. Rayon épices il y a de la vanille et une pointe de cannelle. Il y a également un côté acidulé, presque bonbon arlequin, par moments dans le verre.

Bouche

Pas d’agressivité en bouche mais une jolie confirmation du nez: des fruits à profusion, de la pêche, de l’orange, un peu de fruits rouges.. Côté boisé c’est marqué mais aucunement dérangeant, le boisé est structurant sans être écrasant. Le côté acidulé du nez ressort moins et est remplacé par une certaine rondeur sur le palais qui le rend atrocement buvable. C’est un délice que l’on savoure jusqu’à la dernière goûte!


3 – Borderies n°64 – 52,1%

On continue en allant toujours vers du « plus vieux » et en retournant du coté de Burie. Ce Cognac a été légèrement réduit avant sa mise en bouteille qui a eu lieu en septembre 2017 à 52,1%. 287 litres ont été embouteillés et mis en vente au tarif de 300€. La présentation officielle est toujours sur le site Grosperrin.

Nez

Hmmm quel parfum enjôleur. Immédiatement le verre sent le fruit, ce raisin gorgé de sucre et qui a cotoyé le bois suffisamment longtemps pour s’en être imprégné. La vanille est bien présente avec une belle minéralité. C’est gourmand, bien fruité avec de la pêche, de l’abricot, un peu de cerise. Le bois est présent mais totalement intégré, avec des notes de tabac frais par moments. De belles notes florales également présentes tout du long (de la violette notamment), pour un nez magnifique d’opulence. Une merveille!

Bouche

Les 52% se sentent un peu au premier contact mais ça explose en bouche, un côté nettement pâtissier mêlé aux fruits du verger. Il y a aussi des fruits secs avec de l’amande en chef de file. Les fruits se fondent dans un boisé bien plus présent qu’au nez et légèrement épicé. Celui-ci charpente vraiment le Cognac pour lui donner du corps et englober les fruits qui se font plus discrets. Les arômes se développent longtemps en bouche et marquent le palais, voilà un beau coup de coeur personnel!


4 – Borderies n°48 – 46,8%

Après ce coup de coeur on continue la plongée dans les années avec un n°48 qui commence à faire grimper le compteur. Place ici à une production familiale puisque ce Cognac a passé 4 générations dans la famille, du côté de Saint-Sulpice, qui malheureusement ne produit plus en tant que tel depuis 1981. Ce Cognac a donc été mis en bouteille en 2015 au titre de 46,8% mais il est aujourd’hui épuisé chez Grosperrin. Peut-être en trouverez vous en fouillant par-ci par là mais il va falloir chercher!


Nez

Le profil est plus boisé/épicé que fruité, même si on sent la base de rancio. Niveau fruits j’y retrouve de la prune, de la pêche et du raisin. Le boisé est classieux, riche, légèrement ciré mais bien marqué par les épices. Une légère sucrosité rend le tout plutôt doux au nez, malgré le boisé marqué.

Bouche

On reste dans la droite ligne du nez avec un rancio bien marqué. Le boisé est nettement présent, ce qui est loin d’être illogique vu l’âge du Cognac. Les fruits sont confits et le profil est tout en douceur, à aucun moment on ne ressent l’alcool.

Bref, trop boisé et sage pour moi

5 – Borderies n°28 – 52,8%

On termine en revenant à Burie pour un Cognac d’un autre temps. Hérité de génération en génération on est face à une véritable pépite puisque malgré son âge il a su conserver un titre alcoolique suffisamment haut grâce à un vieillissement presque intégral en chai sec. Il a du coup été embouteillé en brut de fût en 2015, 418 litres tout de même de ce Cognac qui pourrait bien vous surprendre. Et le prix me direz-vous? Relativement raisonnable vu l’âge puisqu’il tutoye les 500€.

Nez

Retour à un boisé nettement marqué mais plutôt fruité. Le profil penche sur le vieux bois, un peu comme un vieux meuble en chêne, tanné par les années et ciré régulièrement. Il y a des notes de miel également, ainsi que quelques épices pour enrichir ce boisé décidément bien présent. Il est toutefois bien accompagné de fruits avec de la pêche, du fruit rouge (un peu de framboise) et une pointe d’ananas confit. Ils se retrouvent en arrière-plan mais s’expriment bien plus que dans le n°48 précédent par exemple.

Bouche

Étonnament la première bouche est vive, bien fruitée, ce qui surprend sur une eau-de-vie aussi ancienne. Merci les presque 53% pour cette belle puissance en bouche! En y retournant le profil se fait plus rancio, avec le boisé du nez qui ressort. Le boisé enrobe les fruits dans une belle homogénéité. Les épices sont toujours présentes elles aussi pour relever encore ces fruits menés par la pêche, le raisin et un côté pomme/poire qui ressort par moments. La longueur est belle aussi, avec un boisé qui persiste longtemps en bouche et rend cette dégustation encore plus agréable. Une magnifique référence, hors normes parmi les très vieux Cognacs grâce à son titre qui lui a permis de garder cette force vive!


Conclusion

Voilà un tour d’horizon de quelques jolies productions du cru qui m’aura permis (et à vous aussi je l’espère) de me faire une meilleure idée de ce que sont les Borderies. Les 5 dégustations ont été instructives et j’en ressors avec 2 beaux coups de coeur. Le numéro 1 pour moi c’est le n°64: une richesse folle, une gourmandise et un fruité à toute épreuve, vraiment un magnifique Cognac. Deuxième coup de coeur pour ce n°28: je ne suis en général pas amateur de très vieux Cognacs que je trouve trop sages et boisés, celui-ci m’a montré qu’avec le vieillissement adéquat le résultat pouvait être tout aussi intéressant qu’une eau-de-vie plus jeune. Rayon déception je placerais le 12 ans que je trouve au final trop léger pour mon palais, même s’il plaira aux amateurs de Cognacs plus fins. Quoi qu’il en soit je remercie encore Axelle et Guilhem pour leur accueil et leur travail, vivement que je puisse repasser par Saintes!

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