Saison 5: 2020-2021, Soirées Amis des Amis du Rhum

S5 E4: les cuvées de la Confrérie

Si je vous parle de Facebook et de Rhum en même temps vous devriez rapidement me répondre La Confrérie du Rhum. Car oui, fondée il y a 9 ans de cela, ce groupe fut le précurseur des groupes Facebook francophones centrés exclusivement sur le rhum. Alors certes, il s’en est passé des choses depuis et il est loin le petit groupe initial avec une poignée de participants.
Aujourd’hui le groupe est devenu énorme avec près de 46.000 membres et un nombre assez important de groupes se sont créés dans la foulée, soit avec une portée plus locale, soit plus spécialisés.

Et rapidement, dans l’esprit des créateurs de ce groupe, Benoît Bail et Jerry Gitany, l’envie de créer des « Cuvées de la Confrérie » est née. Ils avaient tous les deux une multitude de contacts dans le monde du rhum en général et aux Antilles en particulier, de quoi sélectionner par-ci par-là des rhums toujours plus originaux et innovateurs.
Tantôt en sortant le premier parcellaire avec Longueteau, tantôt en sortant le premier brut de fût avec HSE, chaque cuvée se veut innovante sur un point, histoire de ne pas tomber dans le « déjà vu ».

Nous allons donc ce soir en parcourir certaines, principalement les plus récentes, lors d’un parcours qui nous emmènera à travers les Antilles, mais aussi loin des Caraïbes dans les Mascareignes et même un peu sur le continent américain ;).
Je vous invite donc à découvrir les notes de dégustation composées des notes de Cédric L, François, Thomas et moi-même, Cédric Sip.

1 – Toucan – 60%

Première bouteille de la soirée, il s’agit en réalité de la 13e cuvée de la Confrérie. La marque Toucan commercialise un rhum agricole, distillé en Guyane française, à la distillerie Saint-Maurice à Saint-Laurent du Maroni. Le rhum, qui réduit sur place devient la Belle Cabresse, est exporté du côté de Toulouse pour une réduction lente, soit en version « blanc » à 50%, soit pour être modifié et devenir l’un des autres produits de la gamme Toucan.
Ici le rhum n’a été que très légèrement réduit pour conserver toute l’expression « brute » de la distillerie dans une cuvée unique, tirée à 1000 exemplaires et vendue (encore actuellement) pour une trentaine d’euros.

Nez

Pas de grande surprise pour celui qui connaît les rhums de Guyane: le nez est très végétal, avec quelques notes florales et un poivre/poivre Sichuan bien marqué. L’alcool se ressent et fait ressortir un côté « herbe coupée » et canne à sucre. Quelques notes citronnées essayent d’apporter un peu de gourmandise.

Bouche

Cohérent avec le ressenti olfactif, la première sensation est liée à l’intégration de l’alcool qui pourrait être meilleure. Le profil est toujours végétal, agrémenté de notes citronnées, d’épices (poivre, réglisse) et une sensation de sucre Muscovado pour Cédric L. La finale est sèche avec des notes salines.


2 – Rivière du Mât 2006 – 50%

Après la Guyane, direction les Mascareignes et plus précisément la Réunion et la distillerie Rivière du Mât. Cette distillerie produit du rhum de mélasse et c’est lors d’un voyage dans la région que Benoît et Jerry y ont sélectionné un fût pour sortir ce qui sera le premier Single Cask de la distillerie.
Celui-ci, le n°2026, contenait un rhum traditionnel (donc contenant plus de 225g/hlpa de non-alcool), distillé en 2006. Il s’agissait d’un fût de chêne français de 400 litres et le rhum a été embouteillé « brut de fût » à 50% et à 762 exemplaires. Celui-ci se trouve encore actuellement, malgré une commercialisation en 2018, à un tarif d’un peu plus de 80€.

Nez

Le profil est relativement typique de la distillerie. Plus lourd que léger, il est marqué par le sucre roux, un boisé bien fondu garni d’une belle poignée d’épices. On va de la vanille à la muscade en passant par le poivre et le menthol.
Les fruits sont plutôt secs que frais (noix écorce d’orange, pointe de fruits rouges) et quelques notes pâtissières complètent un profil peu marqué par l’alcool.

Bouche

La continuité est de mise une fois en bouche, même si le côté « sucre » fais un pas en arrière pour laisser ressortir le boisé au premier plan.
Les épices sont toujours là et une petite amertume marque nettement la fin de bouche. Quelques notes de tabac, d’orangette, de menthe et une pointe de citron viennent terminer la description.


3 – New Grove 2007 – 50%

On reste dans la région mais on passe d’une île à l’autre, direction l’île Maurice pour un fût sélectionné chez New Grove.
Pour cette 10ème sélection, Benoît et Jerry ont été accompagnés par un membre de la Confrérie qui, en remportant un concours pour le 5ème anniversaire du groupe, s’était vu offrir le voyage et le séjour à Maurice, ainsi que la possibilité de co-sélectionner.
Il s’agit donc d’un Single Cask de la distillerie qu’on ne présente plus, distillé en 2007, issu d’un fût unique de chêne français de 400 litres. Il a été embouteillé en 2017 à 492 exemplaires et est encore commercialisé au tarif de 85€.

Nez

Pas de doute, dès le premier contact on sait qu’on est chez New Grove. Les marqueurs de la distillerie sont tous là, un boisé riche et chaleureux, garni de cacao, de pêches, d’abricots secs, d’oranges et de cerises.
Tout en équilibre, il n’y a pas grand chose à dire sur ce profil tant il est connu et toujours agréable. C’est gourmand et j’aime beaucoup personnellement.

Bouche

Comme d’habitude également cette gourmandise fruitée du nez fait un petit pas en arrière pour laisser le boisé ressortir un peu plus. Certes les fruits sont toujours présents, pêche, orange et cerise notamment, mais le boisé s’assèche un peu avec une pointe d’alcool un peu plus présente également. Quelques épices et une pointe de cacao se frayent un chemin mais globalement nous sommes d’accord pour trouver la bouche en retrait par rapport à ce que le nez laissait entrevoir.


4 – La Mauny 2005 – 49,7%

Direction l’île reine maintenant, j’ai nommé la Martinique, avec un rhum sorti des chais de la maison La Mauny.
Il s’agit d’un rhum de 2005, qui a passé plus de 11 ans en fûts de chêne français neuf. Il a été empoté à 65% et réduit deux fois en cours de route avant d’être embouteillé à 1000 exemplaires. Il s’agissait à sa sortie du premier brut de fût de la distillerie. La bouteille était commercialisée au tarif de 95€ mais devient très compliquée à trouver aujourd’hui.

Nez

Derrière le New Grove le profil peut sembler plus sec mais on revient en fait à un profil simplement plus martiniquais. Le boisé se mélange harmonieusement aux épices et à un côté pâtissier. On relèvera notamment de la vanille, de la réglisse, de la cannelle, du clou de girofle, un peu de piment et un petit côté gingembre.
C’est agréable et une note de fraîcheur rend l’ensemble facile à déguster. Quelques notes plus lourdes sont relevées tout de même, un peu de fumé et de solvants notamment.

Bouche

Le boisé, de nouveau, fait un pas en avant pour devenir proéminent (peut-être même trop). Il s’accompagne de vanille, de fruits à chair blanche (pomme et poire), de notes végétales et d’une fraîcheur plus marquée qu’au nez.
La finale est même un peu trop astringente à notre goût.


5 – Clément 2015 – 60,9%

On reste en Martinique avec la dernière cuvée en date puisque celle-ci est sortie à l’été 2021. Il s’agit d’une sélection spécialement choisie dans les chais de la distillerie Clément par Benoît et Jerry. Ces fûts (10 au total) ont eu un traitement particulier puisqu’ils ont subi une chauffe forte.
Le rhum qui avait été distillé en 2015 y a séjourné 3 ans et 9 mois avant de ressortir avec un profil particulier par rapport à la trame habituelle Clément.
Embouteillé brut de fût (après assemblage) à 60,9% (une première pour la distillerie), il est sorti à 750 exemplaires et a été commercialisé à 65€.

Nez

L’annonce de la « chauffe forte » se retrouve immédiatement dans le profil olfactif. L’empyreumatique est bien présent dès le début, garnissant un boisé nettement présent de notes brûlées, mais aussi de cuir et de boîte à cigares rappelant un Bourbon à Cédric L.
Les épices viennent compléter un profil dénué de fruité, avec de la vanille, du clou de girofle et du menthol. À noter que François a retrouvé dans son verre vide un nez très porté sur le miel.

Bouche

S’il fallait résumer la bouche en un seul mot ce serait sans hésitation « boisé ». Il est archi présent, alourdissant un profil dans lequel l’alcool se ressent également. Quelques notes épicées et florales viennent varier quelque peu le ressenti mais ça reste discret. Il mériterait sans doute une longue aération pour voir ce qu’il a à dire de plus mais difficile de lui octroyer l’heure (minimum) sans doute nécessaire lors de notre soirée.

Après coup Cédric L lui a laissé le temps qu’il lui fallait et il en ressort un profil plus intéressant, avec d’un côté du caramel et du bois ciré, et de l’autre de la canne, de l’abricot sec, de la mangue et un côté légèrement vineux.


6 – Bielle 2009 fût 54 – 51,9%

Avant-dernier rhum de la soirée, direction l’île de Marie-Galante et la distillerie Bielle. Ici la sélection s’est portée sur 4 fûts différents, tous ayant contenu le même rhum de départ.
Celui-ci a été distillé deux fois en 2009 (une fois sur colonne et une seconde fois en alambic à repasse) avant d’être mis en vieillissement (une première pour la distillerie). À la sortie, les 4 fûts apportent chacun un profil à la fois proche et différent, permettant à l’amateur obstiné de les comparer.
Sont sortis plus ou moins 250 bouteilles par fût (1018 au total) à des degrés tournant autour des 52%, et au tarif de 124€ la bouteille. Un budget donc pour celui qui veut comparer les 4 mais heureusement il y a le marché des « samples » 😉

Nez

Une fois n’est pas coutume ce soir, voici un profil très marqué par le fruit. Les agrumes et les fruits exotiques sont présents en force pour un fruité frais très agréable, presque acidulé.
On y relèvera du cédrat, du citron, de la mangue et de l’ananas, le tout relevé par des notes florales que Thomas rapprocherait presque à de l’huile essentielle de fleur blanche. Le boisé est discret (sauf pour François) et relevé de notes fumées.

Bouche

Le boisé qui s’était fait oublier au nez refait son apparition pour rendre le profil nettement moins frais qu’escompté (et plus caramélisé). Les agrumes tirent plus sur le zeste, l’orange notamment, et les fruits cuits.
Le floral revient en fin de bouche avec un peu d’épices pour une finale assez longue, avec une note de caoutchouc sur la fin.


7 – Saint James 2003 – 59%

Pour le dernier rhum de la soirée nous allons dans la réputée maison Saint-James avec une sélection réalisée dans les chais de Marc Sassier. Il s’agit cette fois d’un rhum de 2003, qui a reposé pendant près de 15 longues années en fût avant d’en sortir en octobre 2018.
Il a été embouteillé brut de fût, ce qui était une première en embouteillage propre (Velier l’ayant déjà fait auparavant). Comme pour d’autres cuvées plus haut, il s’agit là de l’assemblage de plusieurs fûts pour obtenir au final 950 exemplaires de cette cuvée vendue 95€ à l’époque et aujourd’hui introuvable.

Nez

Là encore le profil est marqué par le bois. Celui-ci s’accompagne d’une belle quantité de notes pâtissières avec de la brioche beurrée notamment. Le cuir et les épices sont de mise également avec de la vanille et de la réglisse, le tout dans un côté « fruits confits » qui peut rappeler les vieux Cognacs avec des notes de raisins secs.

Bouche

Le boisé déjà bien présent au nez se fait encore un peu plus remarquer et prend le pas sur le pâtissier. Il est net et toujours agrémenté de cuir, d’épices (réglisse, piment) et de fruits confits (orange amère, vieille prune, raisin sec). Une pointe d’amertume et une note saline viennent compléter la dégustation.


Conclusion

Voilà donc qui clôture cette soirée placée sous le signe du boisé! En effet, si l’on devait résumer les dégustations et reprendre le mot le plus utilisé ce serait sans doute lui tant la majorité de la sélection est très marquée par le bois.
C’est d’ailleurs intéressant de retrouver une vraie continuité dans les sélections réalisées par Benoît et Jerry et ce par delà les mers et les terroirs.

Rayon plaisir Cédric L nous a fait un top 3 qui résume pas mal: le Saint James pour sa complexité, le Clément pour son intensité et le Bielle parce qu’il aime beaucoup Bielle! Personnellement je mentionnerais aussi le New Grove qui se détache des autres profils par son côté fruité.

Pour la suite, on se retrouve en novembre pour clôturer la saison en Martinique, plus précisément avec les rhum J.Bally!

Retrouvez toutes les références dont nous avons discuté sur l’application RumX:

Toucan, Rivière du Mât, New Grove, La Mauny, Clément, Bielle et Saint James

1 réflexion au sujet de “S5 E4: les cuvées de la Confrérie”

  1. Bonjour,
    Merci pour ce voyage sur nos îles, ces sélections sont top et résument bien le milieu du rhum
    Hâte de vous retrouver et pourquoi pas dans une dégustation
    Cdt
    Dominique alias Cobalt

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