Dégustation du soir, Spiritueux (hors rhum)

Pasquet et Petite Champagne

Je vous emmène aujourd’hui au cœur du cognaçais, plus exactement Éraville, village de la « fameuse » Grande Champagne. C’est ici que se situe le domaine Pasquet dont je vous avais déjà parlé ( ici notamment ). La famille Pasquet a en réalité un deuxième domaine, situé pas très loin de là mais en Petite Champagne lui. Mais le domaine qui nous intéresse aujourd’hui n’est aucun de ces deux là puisque les trois cognacs du jour, bien qu’issus de Petite Champagne, viennent d’ailleurs, du domaine du Comte Pierre de Joyet. Le domaine a été vendu au décès de son propriétaire, et Jean Pasquet a pu récupéré à cette occasion quelques jolis lots de Cognacs. Ceux-ci ont patiemment attendu à l’ombre des chais d’Éraville avant de se réveiller pour une mise en bouteille en 2021.

1 – Swell de Spirits – Wonder of the worlds #1 – 51,9%

Premier arrêt, direction un nouveau venu dans le monde des embouteilleurs indépendants. Swell de Spirits, c’est son nom, est une société créée en 2021 et dont le premier produit commercialisé est précisément ce Wonders of the world #1. Derrière ce nom qui laisse bien évidemment présager de 6 autres bouteilles (7 merveilles du monde pour ceux qui ne suivent pas, l’étiquette arborant les jardins de Babylone), se cache un Cognac sélectionné dans les chais Jean-Luc Pasquet. Il s’agit d’un Lot 83 (comprenez un cognac de 1983 dont la traçabilité n’est pas complète, ce qui arrive très souvent) issu d’un domaine de Petite Champagne et élevé (en partie) par les Pasquet. Celui-ci a été embouteillé brut de fût à 51,9% et a été commercialisé aux alentours des 140€ (pour 50cl).

Nez

Le nez est immédiatement agréable. Il exprime un beau fruité qui ne fera que s’amplifier au fur et à mesure de l’ouverture. Le raisin (évident) se joint aux fruits à chair blanche, pêche en tête, pour sublimer un boisé tout en légèreté. Cette corbeille de fruits s’accompagne d’une poignée d’épices (cannelle, vanille et fève Tonka notamment) ainsi que d’un côté « caramel au beurre / Werther’s original » qui vient ajouter une belle gourmandise.

Bouche

Sur le palais le boisé si discret au nez prend plus de place. Une petite sucrosité met en évidence ce côté caramel au beurre déjà retrouvé au nez mais encore plus en bouche, rendant au profil de jolies notes pâtissières. Les fruits sont au second plan, pêche et raisin toujours, une note de fraise faisant son apparition. Bref un profil très agréable, même si j’aurais aimé une bouche aussi fruitée que le nez.


2 – Malternative #8 « Le Voyageur » – 40,6%

Deuxième arrêt, retour chez un embouteilleur dont nous avons déjà parlé précédemment avec trois sorties, dont une issue de ce même domaine d’ailleurs. Retour donc chez Pasquet pour Malternative avec un Lot 67 cette fois, bien plus vieux que le précédent donc puisqu’il est resté près de 54 ans en fût. Il a été mis en bouteille à 40,6% et était commercialisé au tarif de 239€ la bouteille de 70cl. Côté étiquette cette fois-ci c’est une œuvre originale de Wim Bals, en mode « Chat botté steampunk ». On aime ou on aime pas, personnellement j’aime beaucoup 😉

Nez

Le profil est nettement plus vieux que le précédent, ça se ressent directement. Le boisé, riche et chaud, est bien plus présent. Il est garni de notes de cire, de tabac, de cuir et de boîte à cigares. Côté fruits ils sont habilement mêlés à ce beau boisé avec un raisin léger, dominé par une cerise plutôt confite. Des notes de bois de santal viennent compléter l’ensemble.

Bouche

En bouche l’équilibre du nez se confirme: le boisé est marqué, il a du caractère, mais il s’accompagne d’une pincée d’épices et de fruits noirs (cassis, myrtille, mûre) . Ceux-ci apportent une légère acidité en bouche qui rend l’ensemble moins rond, moins chaud. La longueur est plutôt courte mais l’alcool est parfaitement intégré. Un Cognac complexe qu’il faudra sans doute épauler et aérer au service pour qu’il s’exprime pleinement.


3 – L’esprit de famille: le Cognac de Pierre – 41,3%

Enfin troisième et dernier arrêt, nous voilà chez les Pasquet même avec ce dernier embouteillage en date de la série « L’esprit de Famille », série de cognacs qui ont tous en commun une histoire particulière à raconter. Celui-ci commémore donc Pierre de Joyet, ami de la famille Pasquet. Mais si vous êtes attentif, un Pasquet, Petite Champagne et marqué « lot 62 » ça devrait vous rappeler plusieurs embouteillages. En effet le lot contenait plusieurs fûts et nul doute que les Pasquet ont dû garder le meilleur des cinq pour leur embouteillage. Nous sommes donc face à un Cognac qui titre à 41,3%, dont l’âge est proche des 60 ans tout de même (!) et qui a été vendu autour des 200€ pour 50 cl.

Nez

La filiation est évidente, je retrouve ce profil Lot 62 sans hésitation. Le boisé est très expressif, il est marqué par de beaux fruits mûrs plutôt rouges, cerise en tête. Ce boisé est riche, teinté de cire, de tabac et de cuir, et il est balancé par une certaine fraîcheur des fruits qui, relevés par une pointe de violette, subliment ce profil aussi complexe que magnifique. Je passerais des heures au-dessus de ce verre…

Bouche

En bouche la magie opère toujours même si la fraîcheur des fruits s’estompe un peu, laissant plus de place au boisé. On retrouve toujours la cerise, qui vire ici à la griotte, qui accompagne un boisé riche et marqué de jolies notes empyreumatiques. Comme si on sirotait ce Cognac au pied d’une vieille cheminée, entouré de vieux meubles cirés. L’alcool est évidemment parfaitement intégré pour une dégustation 100% plaisir…

Conclusion

Voilà trois Cognacs, issus du même domaine, que je trouvais intéressant de grouper et pour lesquels la filiation est assez nette. Même si le plus jeune des trois est plus marqué par les fruits frais, on sent ce profil commun qui se magnifie au fil des ans pour atteindre selon moi son apogée avec ces Lots 62. Goûter à de si jolies eaux-de-vie et revenir ensuite au monde actuel du rhum est de plus en plus compliqué tant le fossé se creuse d’un point de vue du rapport qualité/prix. Sur ce je retourne mettre mon nez au-dessus du dernier verre, quel plaisir!

2 réflexions au sujet de “Pasquet et Petite Champagne”

  1. Salut 🙂
    Je confirme tes avis sur la qualité et le plaisir que procurent le « Pierre » et le « Swell » (avec une préférence pr le « Pierre de mon côté, avec, je trouve, un alcool encore mieux intégré (le Malternative, je ne l’ai pas).

    Je ne saurai trop de conseiller le « confluences » de chez eux, un blend « très vieille petite Champagne » de Paul, Pierre et André. Je ne vois pas comment tu pourrais ne pas l’apprécier 😉

    J’essaye de résister à l’achat d’autres Cognacs, mes placards étant déjà remplis à raz de rhums ;
    je savais qu’il ne fallait pas que je commence à tremper mes lèvres là-dedans !! 😉

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    1. Hello,
      Oui je l’ai vu passé le « confluences » mais il a fallu faire des choix financiers (malheureusement) :’)
      Mais en effet il est sur la shortlist… un jour peut-être qui sait 😉

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