Dégustation du soir, Spiritueux (hors rhum)

Malternative Belgium: du Cognac belge?

On sera tous à peu près d’accord pour le dire: 2020 est une belle année pourrie. Pour avoir échappé à l’actu il faut vraiment avoir vécu très loin de toute civilisation et de toute connexion internet, bref, c’est pas gagné. Mais tout n’est pas à jeter dans cette année 2020. En effet, elle aura vu l’arrivée d’un nouvel acteur sur le marché du Cognac et il faut bien dire que ça n’arrive pas tous les jours. Qui plus est, ce nouvel acteur, en plus d’être belge, a la bonne idée non pas d’essayer de produire du Cognac belge (enfin du brandy quoi) mais bien d’embouteiller de véritables et vénérables Cognacs. Voilà donc de quoi nous réjouir et relever un peu la tête en ces temps… compliqués 🙂

C’est donc au mois de mai qu’a débarqué le premier embouteillage de Malternative Belgium, la marque derrière laquelle se cache Pieter Knapen, avec un premier duo d’embouteillages à base de Cognacs estampillés « Héritage de René Rivière ». N’ayant pas pu goûter ces eaux-de-vie, je ne m’étendrai pas plus dessus, de toute façon c’est sold out depuis bien longtemps 😉

1 – Malternative #5 – Bûche de Noël

Direction donc le premier des 3 embouteillages dont je vais vous parler. À l’heure où j’écris ces lignes nous sommes à un mois de Noël. Quelle meilleure période donc pour se pencher sur cette « Bûche de Noël », qui est en fait un assemblage de cognacs issus de plusieurs crus de l’AOC. Il a été réalisé par la famille Vallein Tercinier, titre à 44% et sous son sigle « XO » se cache un âge que l’on rêve tous de revivre: une vingtaine d’année. Embouteillé à 150 exemplaires, il s’agit actuellement de l’embouteillage le plus abordable de la marque puisqu’il est commercialisé à 79€.

Nez

Assez rapidement on se retrouve sur un fruité sec, marqué par le raisin, la pomme et la poire. Le boisé s’intègre dans ces fruits assez finement, avec des notes de poivre, de tabac brun et un côté vineux, presque cuit. Au fur et à mesure de l’ouverture le Cognac s’arrondit et voit apparaître des notes de sucrosité, augmentant sa gourmandise.

Bouche

Les fruits sont toujours mêlés au bois mais cette fois-ci c’est lui qui mène la danse. Le boisé est dominant et passe au-dessus des fruits secs / fruits à coque. On retrouve cette sucrosité par moments, contrebalancée par le poivre qui a tendance à assécher la bouche. La longueur n’est pas très marquée et le profil du Cognac s’estompe rapidement.


2 – Malternative #4 – Le bon vivant

Deuxième embouteillage dont je vais vous parler aujourd’hui, voici un Cognac sorti en même temps que le précédent. Il faut d’ailleurs noter que la vague comportait 3 sorties mais la première a été extrêmement vite sold-out vu le faible nombre de bouteilles à la vente. Celui-ci en revanche était encore disponible et, fait suffisamment rare pour le remarquer, Malternative propose systématiquement ses Cognacs à la vente en sample de 3cl également. Idéal pour une découverte toute en douceur. Nous sommes donc face à un Cognac des Fins bois, distillé en 1960 par les Cognacs Chollet. Celui-ci a été embouteillé à 46,3% et à 109 exemplaires seulement, pour un prix correct de 189€. Par contre ne cherchez plus, il n’est déjà plus disponible…

Crédit photo: Malternative Belgium

Nez

La première impression est un nez plutôt fin et discret. Il y a des fruits, plutôt frais et légers, portés sur les raisins secs. Le boisé est fin, teinté de miel et de cannelle. Des notes florales apparaissent par moments, avant de se muer en une note caramélisée, presque sucrée. Un zeste d’orange ressort aussi par moment mais l’ensemble est plutôt dans la délicatesse.

Bouche

Le bois ressort plus qu’au nez, passant devant le raisin, et faisant bien sentir le long passage en fût. Une amertume légère fait son apparition, en arrière-plan du raisin et des épices légères. L’ensemble est cohérent avec la bouche mais avec plus de boisé, pour un résultat assez peu fruité et trop peu gourmand pour moi malheureusement.

Pour mémoire, les différents crus de l’AOC Cognac

3 – Malternative #3 – La corbeille de fruits

Enfin nous allons terminer avec un embouteillage légèrement antérieur puisqu’il remonte à la fin de l’été. La « Corbeille de fruits » est issu d’un domaine que j’ai visité cet été et tenu par 2 personnes, Amy et Jean Pasquet, absolument adorables. La visite de leur domaine et la découverte de leur philosophie aura été un vrai coup de cœur tant leur philosophie et leurs choix de production trouvent écho chez moi. Cet embouteillage donc est un Cognac de 1962, embouteillé en 2020. Il est estampillé « Petite Champagne » et a été embouteillé à 40,1%. 200 exemplaires de celui-ci sont sortis mais il faut savoir qu’il y avait 3 fûts jumeaux au départ , tous élevés en chai humide, et que notamment ce fût (le n°1) a été partagé (avec Serious Brandy) alors que les deux autres ont été embouteillés également (par La Maison du Whisky et par Wu Dram Clan/Serious Brandy). Dernière info qui a son importance, le prix: ce Pasquet 62 est sorti à 289€.

Crédit photo: Malternative Belgium

Nez

On sent tout de suite qu’on n’est pas dans la même dimension. Le nez est expressif et hyper-gourmand, un vrai régal. En voilà un qui porte bien son nom de « Corbeille de fruits » puisque les raisins secs se mêlent à la cerise confite, aux fruits rouges et à la figue pour donner un ensemble très complexe. Ces fruits sont enrichis par un boisé bien marqué par le tabac blond et les épices qui viennent relever l’ensemble. Le profil oscille entre une fraîche acidité et un rondeur boisée, le tout avec un alcool totalement intégré. Ce nez est merveilleux, je pourrais rester des heures avec le nez au-dessus du verre…

Bouche

Difficile de passer après un tel nez mais en même temps il nous a tellement donné envie qu’on y va. La bouche est cohérente avec les arômes perçus au nez. L’attaque est très douce, laissant l’acidité fraîche ressortir un peu plus tard. Les fruits sont un peu moins ronds, plutôt sur la groseille et la cerise. Le boisé s’assèche, laissant ressortir un peu d’astringence, tout de même enrichi de notes de miel et de cire à meuble. L’ensemble est cohérent et même si le nez nous en avait laissé espérer plus aucun doute, voilà un très beau Cognac.

Conclusion

Il n’est jamais aisé de se lancer dans une aventure telle que celle dans laquelle s’est lancé le créateur de Malternative Belgium. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le pari est réussi: les bouteilles s’arrachent et la qualité générale des Cognacs sélectionnés est cohérente avec le positionnement de gamme. Reste que sur les trois que j’ai pu goûter pour cet article, un seul m’a vraiment enthousiasmé. Le Vallein Tercinier, maison que j’apprécie pourtant beaucoup (l’ayant même visitée l’été passé), est trop consensuel à mon goût, même si vu le positionnement tarifaire on peut dire « qu’on en a pour son argent ». Le Chollet 60 est une déception pour moi en revanche. Au prix auquel il est vendu il y a des Cognacs bien plus excitants pour mon palais. Enfin impossible de ne pas s’extasier en revanche sur le Pasquet 62 qui est une merveille, malgré son prix bien plus élevé. Il est cher mais il vaut son prix donc quitte à choisir, je prends celui-là 😉

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