Dégustation du soir, Jamaïque

Samaroli: trois Hampden pour le prix d’un

Je ne vais pas vous faire l’injure de vous présenter la distillerie Hampden. Si vraiment vous ne connaissez pas je vous renvoie vers notre dernier article sur les 1993 et plus généralement sur notre table des matières, vous y trouverez tout ce qu’il vous faut 😉

Faut-il également vous présenter Samaroli? Cet embouteilleur italien est plus que réputé, notamment pour les rhums réduits qui tapent souvent dans le mille, et pour quelques rhums non-réduits devenus mythiques (surtout ceux de chez Hampden d’ailleurs).

Bref, Samaroli nous revient avec une sélection spéciale réalisée par Cavavin Belval (caviste luxembourgeois connu des amateurs) spécialement dédiée à cette distillerie jamaïcaine. Les trois rhums sélectionnés présentent un millésime (et donc un âge) différent mais surtout un mark différent. Or, vous le savez peut-être, le mark est lié au contenu en molécules aromatiques. Voilà donc un trio intéressant pour (dé)couvrir une partie de la production de cette distillerie haute en couleurs. Suivez-moi, je vous emmène au fil des esters…

Pour rappel:

  • OWH = 40 à 80 g/hlpa
  • LFCH = 85 à 120 g/hlpa
  • LROK = 200 à 400 g/hlpa
  • HLCF = 500 à 700 g/hlpa
  • <>H = 900 à 1000 g/hlpa
  • HGML = 1000 à 1100 g/hlpa
  • C<>H = 1300 à 1400 g/hlpa
  • DOK = 1500 à 1600 g/hlpa

1 – LROK 2012- 60%

Première bouteille, nous commençons par la bouteille au titre en composés aromatiques le plus bas des trois, à savoir le LROK. En plus d’être celui qui, sur papier, contient le moins d’esters, c’est aussi le plus jeune du trio. Distillé en 2012, il a donc approximativement 9 ans. Pas d’indication de lieu de vieillissement mais on peut le supposer comme étant 100% européen, plus particulièrement écossais. Son titre alcoolique est de 60% et son prix de sortie est de 95€. De quoi en faire un potentiel bon plan si le ramage se révèle à la hauteur du plumage.

Nez

Le profil est à la fois végétal et sucré. Il est nettement végétal avec de la banane verte, du citron et un boisé frais. Mais également sucré avec de l’ananas confit et du caramel. Une note de poivre vient relever le tout, accentuée par l’alcool qui par moment se fait un peu trop sentir.

Bouche

Sur la langue il est un peu vif au premier contact. Le profil est une nouvelle fois végétal/boisé, même herbacé par moments, avec de nouveau ce mélange fruit vert et fruit mûr. Il y a une sucrosité certaine, avec des notes de caramel grillé, même teinté d’empyreumatique par moments, ainsi que par des notes d’olive. La longueur est correcte, avec ce côté végétal/boisé qui ressort assez fort.

2 – HLCF 2001 – 55%

Deuxième arrêt, on grimpe en âge et en composition volatile puisque nous voici face à un HLCF de 2001! Près de 20 ans au compteur donc pour ce rhum qui ne titre plus qu’à 55%. L’âge faisant le prix est sensiblement plus élevé puisqu’il est sorti au prix de 220€. Voyons voir si les années lui ont été profitables.

Nez

Voilà une belle expression de l’identité Hampden. Le nez est évidemment marqué par l’ananas mais il est surtout floral, avec une belle dose d’agrumes (pamplemousses, oranges). Ceux-ci sont réhaussés par de jolies notes pâtissières pour apporter de la gourmandise. Avec l’aération l’olive, discrète au début, se fait de plus en plus présente. Le profil devient plus sucré, avec un fruité doux, sur l’agrume confit. Pas d’excès de bois ni d’abondance de solvants.

Bouche

La douceur du nez laisse place en bouche à un boisé assez marqué et plutôt amer. Les fruits opulents du nez reculent, il sont légèrement présents en première bouche mais rapidement masqués par l’olive très présente. Des notes pâtissières (de la brioche notamment) accompagnent une pointe d’ananas pour garder une ligne directrice. La longueur en bouche est conséquente, très marquée par l’olive mais avec une pointe de fraise surprenante sur la fin.

3 – <>H 2011 – 62%

Last but not least, voici un rhum dont le titre en composés aromatiques est encore plus élevé mais dont l’âge est intermédiaire des deux premiers dégustés. C’est donc un rhum arborant le « Diamond H » qui a été distillé en 2011, et nous parvient donc une dizaine d’années plus tard au titre (le plus élevé de la série) de 62%. Mark recherché oblige, celui-ci est sorti nettement plus cher que le LROK précédent puisqu’il affiche 160€ au compteur. Vaudra-t-il son prix? Réponse tout de suite!

Nez

Les fruits du HLCF laissent la place à un profil nettement pâtissier. L’alcool se fait légèrement sentir, surtout au début, mais il exalte un ananas caramélisé beurré très marqué. La sucrosité est évidente, le caramel bien présent, il nappe une note de banane pour un profil très « hampden-ien ».

Bouche

De nouveau la gourmandise du nez retombe en bouche. Le profil est bien plus végétal qu’au nez, avec des fruits verts (banane et ananas). La sucrosité nette du nez retombe pour ne subsister que par traces, le tout fondu dans un boisé bien présent. Celui-ci apporte un peu d’amertume et d’astringence sur le palais. La longueur fait réapparaître l’olive pour accompagner l’ananas et le boisé bien entendu.

Conclusion

Parler d’une cohérence gustative entre ces trois bouteilles ne serait pas usurpé. En effet, que ce soit dans les points positifs comme dans les négatifs les trois reprennent les même arguments. Côté positif les trois proposent un nez très gourmand, avec une belle sucrosité et un fruité varié selon le mark mais toujours présent. Côté négatif en revanche les trois (me) déçoivent en bouche, avec un côté herbacé/végétal et boisé bien plus marqué, faisant passer les fruits systématiquement au second plan. Faut-il dès lors parler d’une triple déception? Il faut garder en tête que ce sont des rhums ayant vieilli en Europe, donc forcément moins gourmands que les jamaïcains à vieillissement tropical auxquels on a de plus en plus accès. Et même si la bouche me paraît trop herbacée/boisée, les trois m’ont apporté au nez de très jolies choses qui chacune méritent que l’on s’y penche.

Reste le côté financier. Difficile de juger tel quel, mais intuitivement je dirais que 95€ pour le LROK est un bon prix pour une jolie bouteille qui pourra plaire à pas mal d’amateurs. Le HLCF est bien plus cher mais il arbore un âge bien plus conséquent aussi, du coup difficile de le blâmer même si je ne pense pas qu’il vaille ses 220€. Reste le <>H, dont le prix n’est vraisemblablement pas lié à son âge mais bien à son mark, plus demandé. 160€ c’est une somme mais le marché a flambé et les prix ne sont plus vraiment connectés à la réalité. Il ne nous reste donc plus que la réalité de la dégustation, et j’aurais tendance à dire qu’à ce niveau là il est un peu trop cher. Mais nous sommes en 2021, et c’est un Hampden <>H… donc à vous de voir 😉

2 réflexions au sujet de “Samaroli: trois Hampden pour le prix d’un”

  1. Merci pr ce petit passage en revue d’un bel embouteilleur 🙂 Et pr une conclusion qui permet de se faire une idée + précise de ce que ces bouteilles « valent » (au propre comme au figuré….). Je passe mon tour du coup 😉

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  2. Je viens de goûter les samples (me demande bien d’où ils viennent ;-)). Vous avez été bien plus positif que ce que j’aurai fait si j’avais publié des notes de dégustation. Heureux de les avoir goûté et encore plus heureux de ne pas avoir acheté de bouteille.

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