Dégustation du soir, Jamaïque

Plantation Extrême IV Partie 1: Long Pond

Souvenez-vous, en fin d’année 2018 je vous parlais de deux belles bouteilles, toutes les deux frappées de la mention « Extrême n°3 » et constituant le haut de gamme de la maison Plantation. Deux ans plus tard est sortie du Château de Bonbonnet une nouvelle série d’Extrêmes, logiquement baptisés « Extrêmes n°4 ». Mais si la série n°3 nous proposait deux rhums issus d’une même distillerie jamaïcaine, de la même année, mais arborant chacune des marks différents, cette fois-ci la donne est différente.

Différente d’abord parce que la série n°4 compte 8 bouteilles. Différente également car ces 8 bouteilles ne proviennent pas toutes de la même distillerie (Plantation revient ainsi à ses pratiques des 2 premières séries) mais surtout différente car chaque bouteille a été destinée à un seul et unique marché! En effet, certains des distributeurs de la marque ont pu choisir, dans les immenses chais Plantation, leur fût d’extrême.

Un des chais Plantation, le « petit » car il ne contient qu’un millier de fûts…

De ces choix sont donc ressortis 8 bouteilles, parmi lesquelles 2 sont inatteignables (réservées au marché US, en pleine crise COVID…). Je vais donc vous présenter les 6 autres en 2 parties. Les embouteillages pour la Belgique, le Royaume Uni et la France seront présentés dans un second article car aujourd’hui nous allons nous concentrer sur les 3 bouteilles issues de la distillerie Long Pond! Au menu de ces deux articles donc 6 sorties, bien entendu par simultanées et évidemment impossible à approcher sans un bon réseau européen. Au menu aussi, et nous y reviendrons, chaque embouteilleur ayant son exclusivité, les prix ont flambé avec des prix de sortie déjà élevés et une rupture de stock quasi immédiate…

La série au complet, par Matthieu Gouze

1 – Jamaica Long Pond 2000 (Danemark) – 52,1%

Première étape de ce road trip à travers l’Europe: le Danemark. Nos amis du nord ont donc sélectionné un fût de chez Long Pond, distillé en l’an 2000 et arborant fièrement le mark ITP (correspondant à un taux d’ester de 60 à 120 g/hlpa), déjà présent dans la série n°3. Je vous l’avais expliqué à l’époque, le mark est appliqué à la sortie d’alambic selon le taux d’esters mais ceux-ci évoluent tout au long du vieillissement. Dans le cas présent, le rhum présente un taux d’esters assez bas de 191g/hlpa (mais plus élevé que ce que son mark le laisse entendre), pour un taux de congénères de 638 g/hlpa. Le rhum a vieilli donc 20 ans répartis en 16 ans en Jamaïque en fût ex-Bourbon, suivis de 4 ans en Charente en fût Ferrand (donc ex-Cognac. Il a été mis en bouteille au titre de 52,1% à 550 exemplaires. Bien entendu, comme toute la série, le dosage (comprendre l’ajout de sucre) est à 0 g/l. Le prix de sortie, hors frais de rapatriement, était de 250€ à peu près… une somme donc!

Nez

Le Danemark est loin et nous voici en Jamaïque. Les solvants volatiles caractéristiques nous accueillent mais se font discrets, laissant rapidement la place aux fruits frais et verts: de la poire, de la fraise, de la mangue et de l’ananas notamment pour une belle salade de fruits. L’ouverture faisant son chemin, le profil s’enrichit de sucre et de foin pour ajouter de la complexité à l’ensemble. Le résultat est un beau nez jamaïcain, bien fruité, avec juste assez de force alcoolique pour rendre l’ensemble très agréable.

Difficile de faire plus complet comme étiquette… certains feraient bien d’en prendre de la graine!

Bouche

La bouche est cohérente avec le nez, on commence avec des fruits mais ceux-ci se font un peu moins présents, plus marqués par le côté végétal. La fraise est toujours présente, accompagnée d’un boisé étonnamment léger. Le profil est presque sucré et dans la longueur apparaît l’olive verte. Cette longueur justement est modérée, avec peu d’agressivité et qui s’éclipse tout en douceur.

En conclusion, vraiment un beau Jamaïcain pour qui ne veut pas trop d’extravagance!


2 – Jamaica Long Pond 1996 (Allemagne) – 60,3%

Après le Danemark nous traversons la frontière sud pour nous rendre en Allemagne et passer à une nouvelle bouteille. Nous changeons d’année puisque nous sommes face à un Long Pond daté de 1996 (tiens tiens, comme la série n°3) et frappé du mark CRV qui corresponds à une fourchette de 0 à 60 g/hlpa, soit le mark le plus faible de la distillerie. Après 22 longues années de vieillissement jamaïcain en ex-fût de Bourbon et 2 ans supplémentaires en Charente, nous voici face à un rhum contenant 219 g/hlpa d’esters pour 469 g/hlpa de congénères. Celui-ci a été embouteillé à 60,3% et à 535 exemplaires. Comme pour le danois, ce CRV est sorti à 250€.

Nez

Le taux d’esters a beau être proche du danois précédent, les profils sont bien différents. Ici le nez est sucré, presque doux, très porté sur un boisé grillé, accompagné de fruits et de fruits secs. L’alcool est peu présent et laisse ressortir l’amande pour nous rappeler que nous sommes en Jamaïque. Néanmoins on sent l’influence du fût de Cognac car le profil évolue vers un côté vineux, avec niveau fruits de la prune et de la mûre, le tout agrémenté de notes de tabac.

Bouche

La douceur du nez contraste avec la puissance en bouche. On sent bien les 60% qui mettent clairement en avant le boisé, peu marqué par les fruits, mais nettement vineux, avec même une amertume en bouche. Ce bois est toasté avec de belles notes empyreumatiques variées au cours de la dégustation. Niveau longueur en revanche, elle se fait un peu trop courte (mais peut-être n’est-ce qu’un contraste avec la force initiale sur le palais?) avec une intensification du côté « brûlé » qui dure une vingtaine de secondes.

Au final voilà un profil moins jamaïcain mais qui plaira tout de même à pas mal de monde.


3 – Suède Jamaica Long Pond 1995 – 62,6%

Pour cette troisième étape nordique, on traverse la mer Baltique en direction de la Suède, pour une sélection d’un Long Pond qui s’annonce très intéressant sur papier. Dernier sorti de la série, ce Long Pond arbore fièrement le mark ITP lui aussi (comme son frère danois), mais avec 5 ans de plus au compteur. En effet ici il a passé 23 ans en ex-fût de Bourbon à vieillir en Jamaïque, avant de terminer par 2 ans du côté du château de Bonbonnet, en fût ex-Cognac. Et on a de nouveau un bel exemple que le mark ne fait pas tout puisqu’alors qu’un ITP correspond à un taux d’esters de 60 à 120 g/hlpa ce rhum-ci affiche un taux d’esters de 450 g/hlpa (!) pour un taux de congénères de 1363 g/hlpa (re-!!!). Voilà qui annonce un rhum bien plus expressif que les deux premiers, surtout couplé à un titre alcoolique de 62,6%. Celui-ci est sorti à 608 exemplaires, de quoi donner plus de plaisir à plus de monde, même si le prix de sortie, de nouveau de 250€ hors frais de port, limite la diffusion 🙂

Nez

Tout de suite on est dans une autre dimension que les deux précédents. Fini la délicatesse, voilà un bon gros jamaïcain comme je les aime. C’est ultra expressif et très fruité! J’y retrouve de l’ananas évidemment, mais aussi de la mangue et du fruit de la passion. Cette belle salade de fruits est agrémentée de vanille pour ajouter à la gourmandise, ainsi que de fruits secs avec des amandes et de la noisette grillée. Le boisé est présent mais délicat, comme en retrait. Les solvants typiques sont très discrets.

Bouche

Forcément avec un nez pareil la bouche est elle aussi expressive, je dirais même explosive au premier abord. Le profil est fruité et complexe, avec de la cerise confite, du raisin et de l’ananas. Le boisé est très typé « Cognac » avec une belle gourmandise. Des notes végétales complètent l’ensemble pour un rhum très agréable à siroter malgré le haut degré.

En bref un vrai jamaïcain brut de fût, comme on les aime!


Conclusion

Voilà, en 3 embouteillages, 3 facettes de ce que la distillerie Long Pond peut proposer. Chacune de ces trois bouteilles trouvera son public, que ce soit le sage CRV allemand, le délicat ITP danois ou l’expressif ITP suédois. Les marks et les années varient, rendant ces 3 rhums intéressants pour l’amateur de Jamaïque. Reste le tarif: avec un prix de sortie à 250€ minimum pour chaque bouteille, on ne peut pas dire que ça en fasse des embouteillages « grand public ». Surtout que chaque embouteillage a été rapidement sold out un peu partout, en ligne du moins, rendant la quête encore plus compliquée et onéreuse. Du coup en terme de rapport qualité/prix il faudra que chacun analyse ces embouteillages selon ses goûts personnels. En ce qui me concerne, je suis bien content d’avoir réussi à trouver un ITP suédois, il va m’apporter quelques belles soirées de dégustation 😉


Retrouvez les bouteilles de cet article sur Rum Tasting Notes:

Long Pond 2000 ITP danois: https://rumtastingnotes.page.link/CjYe7dqGDvbLnFCp9

Long Pond 1996 CRV allemand: https://rumtastingnotes.page.link/3WiHWhLAzoSv45yA7

Long Pond 1995 ITP suédois: https://rumtastingnotes.page.link/Xsu9ibdeoH6XTgKM9

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