Autres destinations, Dégustation du soir, Jamaïque

Velier Paradisetto 2020

Été 2019, Velier nous annonce ses sorties pour l’automne. Parmi la longue série, deux bouteilles sortent en édition spéciale. Elles sont étiquetées « Villa Paradisetto » et on nous explique que la Villa en question est le siège de Velier mais qu’ils sont sur le point de déménager vers un siège plus moderne. La série est donc là pour rendre hommage au lieu.
C’est sous cette « bannière » que sortiront donc le Savanna 1999 et le Monymusk 1995, deux très vieux rhums. Quelques mois plus tard, nouvelle salve d’annonce du côté de Gênes et hop, réapparition de la gamme « Villa Paradisetto ». Cette fois-ci on parle de 3 bouteilles qui restent totalement cohérentes niveau graphique mais avec une sélection bien différente.

En effet, Monymusk fait son retour dans la série avec un 2007 et il s’accompagne, d’un côté, d’un Chamarel 2013 (quatrième Chamarel de Velier après celui de la série « Indian Ocean Stills », le 2011 de la série Khong et le blend sorti en même temps que la-dite série). De l’autre côté c’est un petit nouveau puisqu’il s’agit d’un rhum de la distillerie Privateer, située aux USA, qui date de 2017. On est bien loin donc de la vingtaine d’années des bouteilles de la première série Paradisetto.

Privateer 2017 – 54,2%

Comme je vous le disais en préambule, Privateer est une distillerie située aux États-Unis, active dans le Massachussets depuis 2011. Elle fait de plus en plus parler d’elle, principalement par l’entremise de Velier, il faut bien le dire. Car en plus de l’embouteillage dont nous parlons aujourd’hui, Velier sort simultanément un autre Privateer dans la gamme Habitation Velier. Mais celui qui nous concerne est un rhum de 2017, qui a vieilli 3 ans dans les chais avant d’être embouteillé pour Velier à 54,2% .

Nez

Au premier contact le nez est assez alcooleux, vif, avec de l’acidité. On sent bien qu’il a besoin de s’aérer le petit, du coup on le repose pour un quart d’heure de plus, ça ne peut lui faire que du bien. Après une bonne ouverture le nez est nettement marqué par le bois. Celui-ci est sec et se mêle aux effluves d’alcool qui restent présentes malgré la demi-heure d’ouverture. Derrière ce « mur » je détecte des notes de vanille et un côté « végétal » pas forcément attendu. Il y a un tout petit peu de sucrosité (vraiment léger) mais malheureusement pas de fruits. À la longue je retrouve une discrète note de cuir et même de cannelle mais ça reste très fin .

Bouche

La première bouche est partagée entre le bois et la vanille, plus présente qu’au nez. Des notes de caramel viennent compléter le tableau. En y regoûtant le boisé prend le dessus avec une légère amertume dans celui-ci. On sent également les épices qui essayent de se frayer un chemin jusqu’au palais. Difficile cependant de les identifier car le bois est vraiment très marqué.
Malheureusement le rhum n’exprime pas grand chose d’autre et s’éteint rapidement en bouche, 15-20 secondes grand maximum…


Chamarel 2013 – 54,6%

Retour ensuite en terre mauricienne avec les rhums pur jus de Chamarel. Velier s’est déjà prêté à l’exercice avec plus ou moins de succès, voyons donc ce qu’ils ont sélectionné cette fois. Nous sommes face à un rhum de 2013, issu d’une double distillation (comme donc le Chamarel Double Distilled ), qui a passé 7 ans en fût avant embouteillage à 54,6%. À noter donc que nous avons ici un rhum légèrement plus vieux que les précédentes sélections Velier (4 ans pour l’Ocean Still, 6 ans pour le Khong et un assemblage de 4 et 7 ans pour le blend). Espérons que ça lui soit bénéfique 😉

Nez

Le nez est plaisant, immédiatement marqué par le bois et le caramel. Les fruits sont caramélisés, cuits, gourmands en fait. Le côté grillé, presque empyreumatique, est très présent mais avec ce côté presque sucré. Rayon fruits ils sont plutôt à chair blanche (pêche, raisin, prune) mais il y a de l’ananas et un peu d’abricot aussi. Avec l’ouverture un côté vin cuit apparaît discrètement. L’alcool est par moments présent au nez mais jamais dérangeant.

Bouche

La bouche est cohérente, le côté sucre caramélisé est encore exacerbé sur la première bouche. Des arômes de fruits à coque font leur apparition aux côtés des fruits caramélisés, un peu de noisette notamment. C’est étonnamment doux en bouche, l’alcool est très bien intégré et le côté grillé rend le tout plutôt gourmand. Le bois est très présent mais sans écraser comme dans le Privateer juste avant. Il laisse ici toute la place aux autres arômes.


Monymusk 2007 – 68,5%

Pour le dernier élément du trio, direction la Jamaïque et son magnifique terroir. Velier nous propose là un Monymusk relativement jeune étant donné la vague de très vieux jamaïcains qui inonde le marché en ce moment. Le rhum a été distillé en 2007 et classé sous le mark MMW qui correspond à une fourchette de 200 à 300 g/hlpa d’esters. Il a été embouteillé 13 ans plus tard à 68,5%… Autant dire que ça devrait envoyer dur!

Nez

La puissance est présente, elle exprime de belles notes fruitées et pâtissières. Les fruits sont cuits et mélangés aux effluves de solvant. De la prune, confite, mêlée à un boisé franc mais pas trop présent, ainsi que de belles notes de raisin. C’est agréable et ça me rappelle les ‘gnac par moment, un côté distillat de vin, avec une note de zeste d’agrume. Le bois devient plus toasté avec l’ouverture

Bouche

68% pas de miracle, c’est puissant en bouche. Le profil est cohérent avec le nez, un joli jamaïcain fruité et pâtissier mais pas trop extravagant. Les fruits sont toujours cuits, chauds, comme l’ananas rôti ou de la mangue compotée. Ce côté Cognac aux accents jamaïcains est toujours présent, notamment dans le boisé, on pourrait croire un joli Cognac de Borderies. Des notes de camphre et de girofle se joignent au profil pour enrichir la longueur.


Conclusion

Voilà une série plus qu’hétéroclite puisqu’on va du pur jus mauricien au gros jamaïcain en passant par le petit nouveau américain. Et on peut dire que le résultat part autant dans tous les sens puisque le Monymusk est un vrai coup de cœur, un plaisir de dégustation, expressif juste comme il faut, avec du caractère et des choses à dire. Le Chamarel m’a surpris également et est finalement bien agréable même si bien plus passe-partout que le jamaïcain. Le Privateer est en revanche à caser pour moi dans le rayon « à oublier », tant il n’a rien à proposer d’intéressant. Espérons que ce soit dû à l’âge trop jeune du rhum et attendons qu’ils sortent des choses plus mûres. Reste le point qui fâche quand on parle Velier: le prix. Le monymusk est le plus cher des 3 avec un prix de sortie autour des 150€. Le Privateer était côté vers les 100€ et le Chamarel entre les deux. Je ne vais pas parler des prix qui ont suivi puisque Velier rime toujours avec second marché et spéculation. Mais même au prix de sortie, si 150€ pour un jamaïcain tropical de 13 ans peut déjà sembler « un peu haut », que dire de 100€ pour un rhum de 3 ans! Certes certains font encore pire (on parle du Cheval Bondieu A1710?) mais c’est de l’agricole, avec tout ce que ça implique comme contraintes supplémentaires. Je vous laisse donc juger et je retourne à mon verre de Monymusk 😉

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