Dégustation du soir, Jamaïque

Wild Parrot Hampden: un perroquet trop sauvage?

Le monde des spiritueux peut parfois être injuste pour les professionnels. Ils peuvent passer des jours et des jours sur la sélection d’une bouteille, sur un packaging harmonieux, esthétique et vendeur, sur une communication orchestrée à la lettre près et voir tous leurs efforts ruinés dès les premiers retours de dégustation. Cette histoire, c’est un peu celle de la bouteille dont je vais vous parler aujourd’hui.

Cette sortie conjointe Hampden/Wild Parrot n’est pas la première, loin de là, puisque la marque s’était lancé avec deux sélections de cette même distillerie, de 1998, avant d’en sortir une troisième (toujours de 1998) sous le nom de Trelawny. C’est donc en territoire connu que la marque au perroquet s’est aventurée pour cette sélection avec Sansibar whisky. Mais qui dit fût différent dit aussi, du moins dans ce cas-ci, mark différent. Et chez Hampden ça peut avoir une grosse influence tant la gamme des marks est large. Les spécialistes de la distillerie le savent bien, certaines années n’ont été marquées que par la mise à disposition d’un seul mark sur le marché. De cette façon, tous les Hampden 1998 sont des HLCF (soit un contenu entre 500 et 700g/hlpa d’esters). De la même façon nous savons donc que ce 2009 est un DOK, soit un contenu presque triplé de 1500 à 1600 g/hlpa d’esters. Ni plus ni moins que le plus haut titre d’esters qui existe sur le marché… Quand on ajoute à cet élément le titre alcoolique du rhum en question, 63,8%, on comprend qu’on est face à une bête de course pour palais avertis uniquement. Et le problème c’est que justement, même si les « high esters » sont de plus en plus à la mode, les palais avertis et amateurs de ces rhums bodybuildés ne sont pas si nombreux que ça. Ceci, combiné au prix de sortie (entre 200 et 300€ tout de même selon que vous l’achetiez en Allemagne ou en France), a fait que les premiers retours ont directement descendu la bête, la classant dans les rhums imbuvables, et que les ventes ont fortement ralenti, faisant de ce Wild Parrot l’un des rares encore trouvables sans trop chercher! Or, comme vous le savez, je ne recule pas devant un rhum hyper-aromatique, aussi DOK soit-il, je me suis donc dit que j’allais voir si sa réputation est correcte ou si au contraire il cachait de jolies choses 😉

Nez

À peine le nez au-dessus du verre que le rhum s’exprime tout en opulence. Ce profil « de loin » est très typé Hampden, pâtissier, un mélange d’amandes et d’ananas. Quand le nez se rapproche cette trame de départ s’enrichit. Le côté pâtissier vire au biscuit beurré et à la pâte brisée. Les amandes sont rejointes par des notes de boisé et de grillé légères. Rayon fruits l’ananas se voit rejoint d’une touche d’olive. Au début elle est légère, présente mais pas oppressante, et au fur et à mesure de l’ouverture elle se taille une place plus importante avec l’acidité de la saumure qui s’y adjoint. L’ananas est mûr mais plutôt dans le caramélisé, cuit, que dans le fruit frais. L’alcool est présent du début à la fin et il ne faut pas se risquer à glisser le nez directement dans le verre, l’intégration n’est pas complète. Un légère acidité/fraîcheur englobe l’ensemble avec par moment des notes végétales assez étonnantes.

Bouche

Au premier contact sur le palais l’alcool est effectivement bien présent. C’est vif et très marqué olive/saumure avec un peu d’ananas. À partir de la deuxième gorgée, l’ananas se fait déjà plus remarquer et on revient à un équilibre entre ces deux éléments. Peu de boisé si ce n’est dans la profondeur, pour structurer l’ensemble. Le côté pâtissier a disparu ou presque et c’est vraiment ce mélange olive/ananas qui est archi présent, faisant du coup regretter le manque de complexité. La longueur est plus courte que ce que j’espérais.

Conclusion

Rayon dégustation je dois dire que le rhum m’a montré ce que je voulais voir. Il est expressif, a du caractère et ne se laisse pas démonter. Il faut aimer ça et je conçois tout à fait qu’une majorité d’amateurs le trouvent trop expressif mais pour quelqu’un comme moi qui ai été biberonné au Grand Arôme, rien d’insurmontable. Rayon reproches je dirais qu’il manque de longueur contrairement à ce qui était attendu mais que pour le reste il fait le job. Reste le point qui fâche, le prix. Un rhum de 11 ans vaut-il 300€? Non, jamais, qu’il vienne d’une grosse distillerie de mélasse ou d’une mini-distillerie agricole la réponse est la même: non! Heureusement pour moi je l’ai eu au prix bas de la fourchette et donc le rapport qualité/prix est déjà un peu meilleur. Maintenant, clairement, c’est un Wild Parrot donc on le sait au moment de l’achat qu’on paye autant le packaging que le contenu. Le seul Wild Parrot qui ait eu un bon rapport qualité/prix c’est le tout premier. Depuis aucun n’a un prix cohérent avec sa qualité et ce Hampden ne déroge pas à la règle…

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