Saison 4: 2019-2020, Soirées Amis des Amis du Rhum

S4 bonus: Masterclass L’Encantada

Une fois n’est pas coutume, il ne sera dans cet article pas du tout question de rhum. Donc si vous n’aimez que ça et que vous n’êtes pas curieux, vous pouvez retourner à votre occupation précédente 🙂 !
Pour ceux qui continuent à lire en revanche, je vais vous raconter comment nous en sommes arrivés à faire une soirée autour de l’Armagnac aux Amis des Amis du Rhum.

Tout à commencé lorsque, en juin 2018, j’ai mis les pieds dans un salon fantastique et malheureusement mort-né, le Belgian Whishy & Spirits Festival. Ce jour là j’ai pu me plonger dans un souhait que j’avais déjà depuis un certain temps: découvrir le Cognac et l’Armagnac (auxquels je ne connaissais rien jusqu’alors). Le coup de foudre fut immédiat et les vacances 2018 et 2019, passées dans le sud-ouest de la France, m’ont permis d’aller à la rencontre de producteurs passionnés et passionnants. C’est donc à l’été 2019 que j’ai rendu visite aux hommes derrière le nom de L’Encantada. L’accueil fut on ne peut plus chaleureux et très vite nous en sommes arrivés à la volonté d’organiser une masterclass Armagnac. Quelques mois d’organisation plus tard, nous y sommes!

Présentation

L’Armagnac qu’est-ce que c’est? Et bien c’est simple,vous prenez des raisins, vous les pressez et les faites fermenter, vous distillez le résultat avant de le faire vieillir en fût et vous avez…. du brandy. Car oui, l’Armagnac, tout comme le Cognac, ce n’est ni plus ni moins que du brandy.
Mais du brandy produit sous AOC. Et chaque AOC impose forcément ses spécificités dont fait partie la localisation. Donc l’Armagnac est du brandy produit dans une zone allant du département des Landes au Lot-et-Garonne en passant par le Gers. Mais ce n’est pas la seule spécificité de l’AOC, les cépages concernés, l’alambic utilisé notamment sont aussi inclus dans les normes. Je ne vais pas rentrer dans plus de détails ici mais je vous renvoie vers le site http://www.armagnac.fr/ qui est très bien fait et assez complet.

L’Encantada est une petite société qui a été créée en 2011 par 4 passionnés au cœur de la Gascogne, terre natale de D’Artagnan. Ils sélectionnent, auprès des producteurs locaux, les meilleures eaux-de-vie pour les élever dans leurs propres barriques et les embouteiller lorsqu’elles sont à maturité « bruts de barrique ». Et tout leur talent tient justement dans ces deux étapes: la sélection et l’élevage en barrique!

Dégustation

Comme d’habitude, les notes de dégustation ci-dessous sont une combinaison de celles de Cédric L, Thomas et moi-même, Cédric Sip.

1 – Extra White – 54,8%

Premier arrêt de la soirée avec ce « blanc » au profil particulier puisqu’il a séjourné quelques mois dans des vieux fûts de chêne. Le distillat, issu de 3 alambics différents, a été ici assemblé principalement pour le cocktail mais peut aussi être dégusté pur. Du coup nous avons commencé par le déguster en cocktail avec de la ginger beer avant d’y regoûter pur.

Nez

Le profil est intéressant, surtout lorsqu’on est habitué au rhum blanc. Les premières effluves sont douces et fruitées, avec du raisin blanc et de la poire. D’un autre côté c’est nettement floral, voire végétal, le tout avec une pointe d’acidité et de sucrosité qui nous rappellent le miel.

Bouche

Les fruits repérés au nez sont toujours là. Le raisin est bien présent, virant même au raisin de Corinthe par moments, et accompagné de pomme et de poire. Toujours ce côté végétal néanmoins plus discret qu’au nez, il rappelle un peu un rhum agricole. Un côté mielleux vient se joindre au pain d’épice pour terminer sur une longueur grasse et douce.


2 – Sélection 20 ans – 47%

Direction maintenant les vieilles eaux-de-vies avec cet assemblage d’Armagnacs ayant vieilli au moins 20 ans et issus de trois producteurs différents. De quoi découvrir le profil classique des Bas-Armagnacs avec un assemblage de plusieurs cépages et domaines de la région.

Nez

Le profil est à la fois léger et expressif. Les fruits sont bien présents: pomme, poire, raisin sec et cerise confite. Le bois a également apporté ses notes avec des noisettes grillées, de la vanille et notes de frangipane (amandes). Une touche vineuse et des notes de fumée complètent la liste.

Bouche

Sur le palais le profil est plutôt typique de l’Armagnac. Un rancio assez marqué, orienté sur le vin cuit avec des notes de pruneau. Le boisé est présent aussi, plutôt sec, mais les fruits du nez sont occultés par le rancio. La longueur est moyenne. Bref une belle entrée en matière dans l’AOC.


3 – Lous Mouracs 1983 – 44,9%

On commence les sélections domaniales millésimées avec cette nouveauté qui n’est pas encore commercialisée. Direction le domaine Lous Mouracs, situé en zone d’appellation Ténarèze mais dont les sols sont plus proches du Bas-Armagnac que du Ténarèze typique. Il s’agissait d’un petit domaine qui produisait du Baco et de l’Ugni Blanc mais qui aujourd’hui ne produit plus. Ils étaient situés dans une zone humide (le nom du lieu-dit l’indique: Les Mouillères). 35 ans de vieillissement en chai humide pour cette barrique n°15 datée d’un vénérable 1983. Il s’agit ici du premier embouteillage de la marque dans ce domaine, allons voir ce que ça dit 😉

Nez

À la suite du 20 ans ce Mouracs nous paraît bien fruité au nez. De nouveau la pomme, la poire, le raisin compoté et la cerise confite. L’amande est également présente même si elle est ici caramélisée. Le profil est fin et le boisé délicat. Par moments des effluves d’alcool se font tout de même remarquer.

Bouche

De nouveau le fruité du nez est plus intense que celui ressenti sur le palais. Les pommes et poires sont plutôt macérées en eau-de-vie mais ils laissent la première place au boisé qui, même s’il est intégré, apporte une amertume nette en fin de bouche. L’amande se faufile par moments dans la dégustation, accompagnée d’une touche sucrée comme au nez. L’ensemble est agréable mais frustre un peu l’amateur de fruits qui s’attendait à plus de gourmandise à la suite du nez.


4 – Del Cassou 1992 – 46,4%

Direction ensuite le domaine Del Cassou. Situé près d’Arthez d’Armagnac, voici un domaine typique des sols sableux du Bas-Armagnac. Cette barrique de 1992 est un assemblage de Baco (principalement) auquel on a adjoint une touche d’Ugni Blanc. Le nom Del Cassou signifie du chêne en gascon. L’élevage s’est fait principalement en chai sec cette fois et intégralement en fût « roux », c’est à dire déjà utilisé. 720 bouteilles ont été extraites de la barrique n° 41.

Nez

Étonnamment le premier nez aurait tendance à me rappeler un pain bien cuit, avec des notes de levure cuite et un côté minéral/salin. Viennent ensuite un côté vineux (plutôt vin blanc), un boisé léger, assez intégré, et des fruits avec des notes de pomme fraîche mais aussi des fruits compotés.

Bouche

Les fruits qui étaient discrets au nez sont bien plus présents en bouche. Du raisin, de la pomme, de la poire, des fruits rouges, du citron et même de la banane font leur apparition sur les palais. Le boisé apporte un peu d’amertume et les fruits secs sont aussi de la partie (noisette) mais l’ensemble est plus énergique que le précédent, il a plus de « peps ». Il se termine en bouche par une belle finale, plutôt longue. Une valeur sûre ce Del Cassous, à n’en point douter.


5 – Lassalle 1992 – 51,1%

Nous passons ensuite à un autre domaine jusqu’ici inédit chez l’Encantada, le domaine Lassalle. Inédit mais pas inconnu puisque le domaine est voisin du fameux domaine Lous Pibous, à la différence près qu’on y cultive du Baco et de l’Ugni Blanc. Le résultat s’annonce donc intéressant pour cet Armagnac qui a été élevé longtemps dans sa barrique d’origine, en chai humide, permettant une évolution et une évaporation importante dans la barrique. 26 ans de vieillissement, voilà qui devrait apporter son lot d’arômes.

Nez

Nous entrons ici dans un registre que nous n’avions pas encore abordé ce soir. Le profil tire bien plus sur les épices que les prédécesseurs. Nous avons relevé pèle-mêle du poivre, de la muscade, de la cannelle et des notes légèrement soufrées style « poudre à canon ». Les fruits sont là aussi mais plutôt confits, avec du raisin sec et de la cerise encore une fois. La vanille sort du boisé pour compléter un profil assez intense et légèrement marqué par l’alcool.

Bouche

Côté palais les notes empyreumatiques font leur apparition, confirmant le côté inédit du profil de cet Armagnac. Le rancio marqué est grillé, le boisé s’accompagne de notes de sucre brûlé. Les fruits sont forcément confits, légèrement épicés et le tout se termine par une longueur moyenne mais expressive et complexe. Un beau produit qui séduit les amateurs de profil plus « lourd ».


6 – Le Frêche 1990 – 52,4%

Nous terminons notre tour du Baco par un domaine minuscule mais pourtant pas dénué d’intérêt. Le domaine Le Frêche ne couvre qu’1,7 hectare et a la particularité de faire vieillir des Armagnacs dans des fûts taillés avec les propres chênes de la propriété. Cette pratique était autrefois courante, les producteurs « trocant » un arbre contre quelques fûts au tonnelier, ce dernier récupérant le reste de l’arbre. Une manière de faire travailler tout le monde sans sortir la moindre monnaie.

Nez

Nous changeons de nouveau de registre avec un nez assez original de nouveau. J’y retrouve des fruits rouges et des fruits exotiques (ananas) qui, combinés avec des notes de colle et un côté beurré, me rappellent fortement les rhums de Jamaïque (?!). C’est surprenant et assez chargé pour un Armagnac.

Bouche

Les fruits exotiques sont toujours là, accompagnés de pêche, de citron et de pruneau. Le boisé est un peu sucré, comme marqué par la mélasse, apportant une lourdeur surprenante. Des notes de rancio apparaissent aussi avant de partir sur une finale moins longue que le précédent.


7 – Lous Pibous 1994 – 53,3%

Last but not least, impossible de terminer cette soirée sans passer par LA star de l’Armagnac, la Folle Blanche. Ce cépage, difficile à travailler, est plutôt rare mais il fournit dans ses belles années des eaux-de-vie magnifiques d’une finesse et d’une complexité incroyables. Et s’il ne faut retenir qu’une référence de Folle Blanche c’est bien entendu à ce Lous Pibous 1994 que tout le monde va penser. Issu d’un domaine de bas-Armagnac qui possédait un magnifique chai et de très belles barriques, nous sommes ici face à un trésor jalousement gardé par le maître de l’Encantada car le peu de bouteilles qu’il reste font partie de la réserve personnelle du boss 😉 Autant dire que nous mesurons le plaisir qu’il nous a fait d’en partager une avec nous!

Nez

Si l’équilibre parfait devait exister, nul doute que le nez de ce Pibous y ressemblerait comme deux gouttes d’eau. Il est à la fois bien fruité (avec du raisin mûr, de la pêche, de l’abricot et de la mandarine), finement boisé et légèrement épicé, juste de quoi relever le profil. Les notes de poivre viennent enrichir ce profil riche et gourmand.

Bouche

Les fruits relevés au nez évoluent plutôt vers plus de rondeur, avec une belle orange confite (presque chocolatée), une banane flambée, de l’abricot et du pruneau. Le boisé s’enrichit de notes empyreumatiques légères avec du tabac, du cacao et des épices telles qu’un poivre nettement aromatique. La finale est longue et complexe, avec toujours ces fruits et ce boisé fin. On en profiterait des heures s’il ne fallait pas s’inquièter de voir la bouteille diminuer 😉


Conclusion

Avant toute chose nous nous devons de remercier Vincent et plus largement les joyeux producteurs de l’Encantada. Ils ont répondu positivement à notre demande de découverte de leurs merveilleux produits et ont permis de convertir pas mal des personnes présentes à ce merveilleux breuvage qui souffre trop souvent d’une image vieillotte totalement inadaptée.

Rayon dégustation la soirée a été fortement appréciée, avec des profils assez différents et représentatifs des différents terroirs et cépages présents. Chacun a pu trouver son coup de cœur dans la sélection et se rendre compte à quel point la palette de l’Armagnac pouvait être vaste.

Au petit jeu du « Top 3 » le Lous Pibous l’emporte bien évidemment. Derrière cet indéboulonnable vainqueur on retrouve Le Frêche et Lassalle pour Cédric L, ce même Lassalle et Del Cassou pour Thomas. En ce qui me concerne difficile d’établir un top 3 mais j’opterais sans doute pour le même que Thomas, même si Le Frêche 1989 que j’avais goûté cet été dans le chai prendrait certainement la deuxième place s’il était encore disponible. Il est donc temps de se quitter, de laisser Vincent regagner son sud-ouest natal et de nous rediriger vers le rhum, non sans garder un œil attentif sur les Armagnacs 😉

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