Saison 4: 2019-2020, Soirées Amis des Amis du Rhum

S4 E1: Madère et Afrique du Sud, nouvelles terres de rhum ?

77. C’est le nombre de jours qu’aura duré l’été pour les Amis des Amis du Rhum. 77 jours pendant lesquels nous ne nous sommes pas rassemblés autour d’une sélection de rhums. C’est long 77 jours, mais ça permet beaucoup de choses et notamment de bien recharger ses batteries pour repartir de plus belle. C’est donc ce que nous allons faire!

Il est donc temps d’entamer la 4ème saison de nos soirées dégustation. Eh oui, déjà la 4ème saison… il est loin le temps de notre premier réunion, à 7, autour d’une sélection variée de rhums en tout genre. Des milliers de verres servis, nous y voilà pour la première date de cette saison qui va nous emmener sur des terres auxquelles on associe rarement le rhum en premier lieu. Et pourtant, Madère est une île qui produit du rhum depuis des siècles, et le seul territoire non-français qui puisse appeler son rhum « Rhum agricole ». Pas de quoi les considérer comme des nouveaux venus.

De l’autre côté, direction un vrai nouveau venu avec l’Afrique du Sud. Les rhums africains sont rares, et ceux de qualité encore plus. Alors lorsque Mhoba a débarqué sur le marché courant 2019, autant dire que ça a fait du bruit. Ce soir nous allons vérifier si c’était fondé en dégustant une partie de leur gamme. Les rhums « high ester » sont volontairement mis de côté, ils intégreront une soirée dédiée un peu plus tard dans la saison 🙂

100% Pur Jus


1ère partie: Madère

Nous commençons donc la soirée en nous dirigeant vers le Nord-Ouest du continent africain et plus précisément l’île de Madère, territoire portugais situé au large des côtes marocaines. Sur cet îlot volcanique, surnommé poétiquement « l’île aux fleurs », on produit du rhum depuis au minimum le 17e siècle sous le nom d’Aguardiente (ce qui signifie eau-de-vie). Je vous passe les détails historiques qui font que la production est passée d’un vague distillat de mélasse à une production de rhum agricole, mais retenez donc que ça remonte à très longtemps et qu’ils sont aussi légitimes que les caraïbes à ce niveau là. Si vous voulez plus d’infos sur l’histoire de Madère et du rhum, je vous renvoie vers le blog Coeur de chauffe qui en a fait un excellent article!

L’île abrite plusieurs distilleries et nous allons aujourd’hui nous plonger dans trois d’entre elles: Engenho Novo au sud, Engenho do Norte au nord et la petite O’Reizinho à l’est.

1 – Latitudes O’Reizinho – 50%

Nous débutons avec cet embouteillage du nouveau venu dans la cour des embouteilleurs, Latitudes. Je vous avais déjà parlé de leur Grand Arôme du Galion, mais leur première sortie était bel et bien ce O’Reizinho. Il s’agit ici d’un rhum pur jus, réalisé dans la petite distillerie de l’est de l’île. La distillation se fait dans un alambic à mi-chemin entre la colonne et le pot still, dans quelque chose de similaire à un alambic à Armagnac. À noter que ce rhum-ci a été servi en même temps que le suivant et qu’il est vendu à 35,9€.

Nez

Le profil est immédiatement très porté sur le côté végétal. C’est plutôt frais, assez citronné avec des notes iodées, minérales et de sous-bois. Un côté sauvage, penchant vers le foin et l’acidité de fermentation qui ressort plus tard avec des notes de fruits rouges, de pamplemousse, de framboises et de canne sucrée (presque sucre roux).

Bouche

Changement complet de cap par rapport au nez, la bouche assez douce et sucrée. Les épices sont bien plus présentes, réglisse/anis en tête. Il y a aussi de l’agrume mais qui a plutôt viré du citron vers l’orange, avec ce côté doux. Le résultat, très fin et délicat, plaît bien à Michaël qui le verrait bien en ti-punch. En ce qui me concerne (Cédric Sip), il me fait fortement penser au Neisson 52,5% bio par certains aspects, notamment le côté doux et orangé.

Face à face

2 – Latitudes O’Reizinho 2015 – 45%

En comparaison du premier rhum a été servi cette version millésimée de chez O’Reizinho. Même distillerie donc, même embouteilleur aussi, simplement ce rhum-ci a été distillé en 2015 et réduit en cuve très lentement. Il a été embouteillé début 2019 à 1200 exemplaires et est vendu 45,9€. La comparaison va nous permettre de comprendre l’influence d’une réduction aussi lente.

Nez

Différent et en même temps parfois proche du précédent; le profil est bien plus marqué par les agrumes. la canne est fraîche (presque herbacée) et florale. Le citron est bien présent (zeste, Yuzu) et une touche d’olives vertes et d’arômes de fermentation sont là aussi. Un petit côté métallique et une pointe de caoutchouc complètent le profil pour faire penser par moments à un Clairin (un peu comme le précédent d’ailleurs).

Bouche

De nouveau, comme le précédent, la bouche est ultra-douce. L’alcool est quasi inexistant ce qui entraîne des arômes trop peu présents. C’est aussi anisé/réglissé, végétal, floral et sucré avec une touche métallique.

Une petite déception donc sur ce rhum pour lequel nous espérions de belles choses. Le gagnant du duel est clairement le premier, surtout que son prix est plus doux!


3 – Engenho do Norte – Sélection Davide Staffa – 54,6%

Changement de distillerie et cap au nord dans la distillerie bien nommée Engenho do Norte. La distillerie existe depuis 1927 et produit les rhums Branca, 970, 980 etc. Cette bouteille est un embouteillage d’un fût unique, le #166, distillé en 2010 et embouteillé en 2018. Il a été sélectionné par Davide Staffa et est distribué par Rossi & Rossi en Italie pour un prix entre 80 et 90€. Voyons voir ce que ce fût avait de si particulier pour mériter un embouteillage à lui tout seul 😉

Nez

Trois marqueurs principaux vont émailler le profil odorant de ce rhum: premièrement le boisé qui est assez présent, il est fin et intégré. Deuxièmement un côté vineux non négligeable. Le fût de Madère est passé par là et donne du raisin, du fruit à tendance confite (prune, pêche,reine-claude). Troisièmement les épices avec pêle-mêle de la muscade, du poivre, de l’anis et un peu de piment. Une petite note soufrée de poudre à canon vient compléter le tableau.

Bouche

Des trois marqueurs principaux du nez, c’est ici le fruit qui se taille la part du lion. De la prune, de l’abricot (séché), de la banane, du raisin… une vraie salade de fruits. Les épices et le boisé sont là aussi mais plus en retrait avec des touches vanillées, du poivre, du tabac blond et des fruits à coques (amandes en tête). La fin de bouche nous ramène sur des notes plus végétales avec une légère amertume tirant sur le pamplemousse.

Pour Cédric L, cette bouteille confirme les dégustation précédentes de la distillerie qu’il a pu faire en salon. La bouteille est un véritable coup de cœur pour lui, dommage qu’il soit maintenant difficile de la trouver.


4 -Rum Nation Rare – Engenho Novo 2009-2018 – 52,0%

Nous abordons maintenant la dernière distillerie de notre périple sur l’île aux fleurs avec Engenho Novo. La distillerie, située au sud de l’île, avait été arrêtée en 1986 pour être relancée 20 ans plus tard en 2006. Les outils ont été remis en état de fonctionnement et nous voilà avec un nouvel embouteillage de la gamme Rare Rums de chez Rum Nation. Cette gamme nous a déjà procuré de bien belles choses (un Enmore stratosphérique et un Worthy Park parfaitement équilibré notamment) et elle continue ici avec cet assemblage de 3 fûts ayant anciennement contenu du bourbon avant de recueillir le distillat de Madère. Attention qu’il existe plusieurs versions « Engenho Novo » chez Rum Nation, différents millésimes, âges et aussi type de fûts. Celui-ci est en vente autour des 90€.

Nez

On sent que même si on est de l’autre côté de l’île on n’est pas très loin du précédent. Le nez est bien boisé et fait penser à un Madère/Sherry. Les épices sont également présentes, ainsi qu’une pointe de grillé et de caramel mentholé. Niveau fruits on reste dans la prune, le raisin et les fruits secs auxquels s’ajoute une orange confite très agréable.

Bouche

Sur le palais les avis sont assez unanimes: c’est gourmand et très bien fait. Un mélange homogène de fruité et de boisé qui fait mouche. Les notes de raisin, de prune, d’agrumes confits se mêlent au boisé vineux, légèrement verni, ainsi qu’à des notes toastés (pain grillé), de tabac et de caramel. La finale part plutôt longuement sur la prune, l’orange, le tabac et une pointe de chocolat. L’ensemble me fait penser (Cédric Sip) à un profil d’Enmore, à la fois gourmand et plutôt lourd. C’est très bon!


2ème partie: Afrique du Sud (Mhoba)

Nous faisons maintenant une (grande) diagonale sur la carte de l’Afrique pour nous diriger vers l’est de l’Afrique du Sud, pas très loin de la capitale Pretoria. Nous atterrissons donc à deux pas du parc National Kruger, dans un endroit qui voit depuis longtemps pousser la canne à sucre mais ne la voit se transformer en rhum que depuis 2013. Une jeune distillerie donc mais qui a fait une entrée fracassante sur les salons européens avec une gamme déjà bien large. Le rhum qu’ils produisent est à base de pur jus là aussi, mais distillé à 100% en Pot Still. Par curiosité je vous invite à visiter leur site qui reprend une vidéo instructive sur leur façon de travailler qui, nous le verrons plus tard, est pour le moins incongrue, notamment dans le vieillissement. Ils travaillent également avec des outils personnalisés, comme un broyeur qui ne presse pas, une presse « faite-maison » et un alambic imaginé par le propriétaire de la distillerie.

5 – Mhoba American Oak Aged – 43%

Nous débutons avec ce qui constitue leur entrée de gamme puisque celui-ci vaut une quarantaine d’euros. Aucune indication de l’âge du contenu et la seule info dont on dispose c’est que le rhum a d’abord vieilli en Dame-Jeanne avec des douelles toastées en infusion, avant de passer dans un ancien fût de whisky sud-africain. La bouteille est commercialisée autour d’une quarantaine d’euros et pour un premier contact avec la distillerie ça devrait bien se passer 😉

Nez

On change de région mais la continuité est assurée par le vieillissement fût de Bourbon et ça se ressent. Le nez est vanillé et boisé. C’est doux et agréable, un peu sucré même. On y retrouve du miel, un peu d’épices, du menthol, des fruits confits et de l’ananas rôti. Viennent s’ajouter à cela un peu de poudre à canon et un petit côté pâtissier qui rendent ce rhum très plaisant. Thomas y retrouve un côté Mount Gay Black Barrel.

Bouche

La profil reste cohérent avec le boisé vanillé, plutôt doux. C’est très intégré en bouche et l’attaque n’est aucunement agressive. Il y a des touches de piment, de fruits secs, de caramel et de toasté. La finale est plutôt courte mais pour son prix il fait bien le boulot et Thomas le verrait bien en Old Fashioned.


6 – Mhoba Select Release White Rum – 58%

Passons maintenant au blanc « Premium » si j’ose dire. La distillerie le présente comme étant réalisé à base d’une sélection des meilleurs batchs de distillats, assemblés et embouteillés pour obtenir la quintessence du rhum Mhoba. Nous sommes donc face à un rhum pur jus et issu de Pot Still distillé entre octobre et décembre 2018. Qui plus est, la fermentation est plus longue que la normale puisque Mhoba, qui fermente ses rhums entre 1 et 3 semaines en général, a laissé fermenter celui-ci entre 7 et 10 jours comme indiqué sur la bouteille. Ce batch comprend 270 bouteilles et a été vendu autour des 55€ tout de même. Le résultat devrait donc se rapprocher d’un Clairin mais seule la dégustation nous le confirmera (ou pas)!

Mhoba white select.JPG

Nez

Nous changeons immédiatement de registre pour nous rapprocher de la Jamaïque et d’Haïti au niveau du profil. Le mélange de vernis, de solvant, de levure et de foin font vraiment penser aux blancs de ces îles. Il y a également de l’ananas, de la banane verte, un peu de fumée et une pointe minérale iodée. L’alcool est plutôt bien intégré.

Bouche

En bouche l’explosion jamaïcaine se confirme. Les fruits sont trop mûrs (voire macérés), le côté végétal de la canne est rejoint par le foin et l’amande ici aussi. L’alcool est plutôt bien intégré mais le côté solvant est bien présent (plutôt les solvants légers type éther, alcools légers que les solvants lourds habituels). La finale tire sur la banane et le citron mais au fur et à mesure de la dégustation il en devient écœurant pour Thomas et Cédric Sip. Thomas le verrait d’ailleurs plutôt en mixologie.


7 – Mhoba Glass Cask – 60%

Nous terminons pas le haut de la gamme actuelle chez Mhoba avec ces deux embouteillages Glass cask et French cask. Tout d’abord un point packaging: y’a pas à dire, ça claque! l’étiquette et la contre-étiquette sont en bambous gravé/brûlé, les boîtes également. Je m’attarde rarement sur le packaging mais là j’ai été bluffé par l’originalité de l’ensemble.

Côté contenu, nous commençons donc pas le Glass Cask qui a, comme le nom l’indique, vieilli sous verre. Le principe est simple, le rhum a vieilli minimum 2 ans en Dame-Jeanne dans laquelle ils ont inséré des douelles de fût, retaillées et brûlées au charbon. Alors certes ça fait penser à un vieillissement sous copeaux mais il faut prendre en compte deux choses. D’abord la taille des morceaux de bois: entre un copeau et une douelle retaillée, il y a une belle différence d’échelle. Ensuite l’intention: la cuvée affiche clairement la couleur (Glass cask + explication sur la contre-étiquette). Il n’y a donc pas matière à hurler au mensonge mais plutôt à déguster, histoire de voir ce que ça peut apporter au rhum 😉

Nez

Le nez est marqué par un boisé assez équilibré sur fond de café. C’est assez frais, quoi de plus normal étant donné l’âge du rhum. Le solvant présent nous rappelle que la distillerie fait de longues fermentations. Des notes de vanille, de sucre cuit, de fumée, d’épices (poivre et muscade) et des pointes de fruits complètent le profil.

Bouche

Le profil sur le palais est cohérent avec celui du nez. La puissance des 60% est là mais avec une belle intégration. Le boisé se fait plus sec et est toujours accompagné de café, de vanille et de caramel. Les épices (anis, girofle) et les fruits cuits (pêche, melon) sont présents également. Une pointe de citron vient dans la longueur mais les arômes principaux restent boisés.

Mhoba premium.JPG
2ème face à face du soir

8 – Mhoba French Cask – 65%

En parallèle du précédent, nous dégustons « l’autre » Select Reserve, le French Cask. Là encore le nom est assez parlant puisque le rhum a vieilli dans un fût de chêne français. Ce que le nom ne dit pas c’est que le-dit fût a contenu précédemment du vin rouge du Cap. Il a ensuite été retoasté avant d’accueillir le rhum pendant une petite année. Nous sommes donc face à ce qu’on appellerait un « élevé-sous-bois » aux Antilles. Voyons voir ce qu’il nous raconte.

Nez

Le profil nous réoriente directement vers la Jamaïque et Haïti. On sent bien plus le côté agricole, végétal, avec du foin, de l’acidité de fermentation et une légère sucrosité. Bien sûr le boisé est présent, accompagné de fruits confits, d’amandes et d’une pointe de piments.

Bouche

On monte encore en taux d’alcool et ça se ressent. Les 65% sont très, voire trop, présents. Le boisé se mêle encore une fois aux fruits compotés (prune), au café, aux épices (piment et cannelle). Néanmoins on ressent fort la jeunesse du rhum avec une partie du profil très végétale, très fraîche. C’est moins gourmand que le précédent, plus sec en bouche.


Conclusion

Voilà que notre voyage en territoires inconnus du rhum s’achève. Nous avons commencé par un territoire pas si inconnu que ça puisque les rhums de Madère passent de plus en souvent sous le feu des projecteurs mais une découverte des différentes distilleries était nécessaire. Nous aurons appris que les blancs peuvent être très sympas mais qu’il faut être « réglisse-open ». Les vieux présentés ce soir ont fait carton plein et auront été le coup de cœur de pas mal d’entre-nous sur la soirée.

Nous avons ensuite découvert une vraie terra incognita avec l’Afrique du Sud et des rhums à l’identité très marquée. La distillerie est jeune et a encore des choses à améliorer mais les choses sont en bonne voie et l’intention est bien présente. Il va falloir garder cette marque à l’œil dans un avenir proche à mon avis. En ce qui nous concerne nous dégusterons leurs références « High ester » lors de notre prochaine soirée dédiée aux rhums du genre.

En attendant voilà que la saison des salons approche, notre programme du mois à venir sera donc chargé entre les salons parisiens ( Dugas et Whisky Live), l’inévitable Salon du Rhum de Spa et notre Masterclass Ferroni qui aura lieu juste avant Spa. Voilà qui nous promet encore de belles découvertes et pas mal de belles rencontres!

 

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