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S5 E2: Ron (y Caramelo?)

252 jours… soit un peu plus de 8 mois, voilà la durée qui aura séparé la soirée précédente de celle-ci. Autant dire une éternité mais dont tout le monde connait la cause. Heureusement, comme le soleil, les soirées dégustations sont de retour, et ça, ça fait plaisir!

Pour cette reprise on commence en douceur avec la réponse à un défi lancé il y a de cela longtemps par les habitués des soirées. Tous savent en effet à quel point je ne suis pas amateur de « ron », c’est à dire de ces rhums, sud-américains, produits dans la tradition hispanique. Entre le Solera, l’ajout quasi systématique de caramel et les profils très (très) similaires, on ne peut pas dire que mon palais y trouve grand chose à sauver.
Du coup au moment de proposer des thèmes était sorti cette soirée, « Ron y Caramelo », comme un défi qui m’était lancé de faire une soirée complète sur ces « rons » que je chéris si peu.

Et aujourd’hui est venu le temps de relever ce défi, à savoir proposer un line up aussi intéressant que d’habitude (qu’on parle de méthode de fabrication, de respect du produit ou de goût simplement) avec uniquement des rhums à l’accent espagnol. Le line-up nous emmènera de l’Amérique Centrale à l’Amérique du Sud en passant par autant de maisons que possible.
Alors si ça vous dit, c’est parti pour le voyage!

PS: les notes de dégustation sont celles de Cédric L, de François, de Thomas et de moi-même, Cédric Sip.

La sélection, pas tout à fait dans l’ordre 😉

1 – Ferroni Dame-Jeanne n°7 Panama – 57%

Traditionnellement nos dégustations commencent toujours avec un rhum blanc, en tout cas dès que c’est possible. Je ne conçois effectivement pas que l’on puisse comprendre un terroir/une distillerie sans goûter au rhum blanc qui en sort.
Bien entendu le rhum blanc n’est pas une spécialité des producteurs de Ron mais heureusement Ferroni vient de nous sortir une nouvelle Dame-Jeanne directement du Panama. L’occasion est donc trop belle de se pencher sur ce rhum qui, sorti de sa colonne inox, a longuement reposé en Dame-Jeanne (après réduction à 57%) pour l’assagir un peu.

Nez

On sent bien qu’on est face à un rhum de mélasse. Pas de fraîcheur végétale et fruitée à l’excès, plutôt un profil doux, presque rond, qui sent le sucre muscovado avec des notes métalliques. Le côté végétal ressort légèrement avec des notes de girofle, d’agrumes et herbacées. Une pointe de levure vient compléter le tout.

Bouche

La bouche est cohérente avec le nez, c’est relativement rond, comme si c’était sucré. Cette douceur est balancée par un alcool un petit peu trop présent, faisant ressortir des notes terreuses et une pointe métallique. La longueur malheureusement est trop faible et nous terminons cette dégustation déçus.

2 – Old Brothers Panama – 70.1%

D’une pierre deux coups, nous restons au Panama pour un autre rhum blanc issu cette fois d’un autre embouteilleur français, à savoir Old Brothers. Celui-ci a été distillé en 2019 à 81%. Il a été lentement réduit jusque 70,1% avant d’être embouteillé en juin 2020 en partenariat avec le bar à cocktails parisien 1802. 70,1%, voilà un titre alcoolique à ne pas mettre sous tous les palais mais qui à coup sûr devrait être intéressant.

Nez

Encore une fois le face à face est directement très instructif tant les deux rhums sont différents. Celui-ci est bien plus végétal que le Ferroni, avec des notes animales qui tirent sur le foin. Personnellement j’y ai même trouvé des notes de bacon mais dans tous les cas la puissance est bien là. Par contre les agrumes ont disparu et ont laissé place aux épices.

Bouche

Sur la langue la surprise vient de l’intégration de l’alcool qui est remarquablement bien faite. Pas de brûlure extrême (à condition d’y aller en finesse évidemment) et la sucrosité se charge d’arrondir le profil pour le rendre agréable. Les épices et le végétal (sur la canne) complètent le profil. Cédric L et François y retrouvent même un faux air de Gin. Au final il aura bien surpris et globalement mieux plu que la Dame-Jeanne.


3 – Tres hombres Rep. Domincana Ed.42 – 41.3%

Le repas se terminant, il est maintenant temps de passer aux rhums vieux avec, pour ouvrir le bal, un rhum au vieillissement particulier.
Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder le vieillissement dynamique (comprendre vieillissement obtenu lors du transport d’un fût sur un voilier) et c’est le cas ici, puisque ce rhum a passé 5 mois en mer en fût ex-Madère.
Avant cela il avait été produit par la distillerie Oliver y Oliver en République Dominicaine et était « âgé » de 18 ans Solera. Je mets des guillemets car le Solera, pour rappel, est une méthode de vieillissement ancestrale qui consiste à assembler en permanence des rhums jeunes et des rhums plus vieux (on soutire une partie des fûts et on les remplit avec le contenu des fûts plus jeunes, en très résumé). Il est du coup erroné de parler d’années de vieillissement au sens strict du terme puisque l’assemblage ne contient en général qu’une petite partie de rhum de l’âge indiqué sur la bouteille.

Nez

Globalement le profil est tel qu’attendu: on retrouve le caramel, la vanille et une rondeur prévisible. Mais le profil est aussi nettement toasté, presque brûlé, ainsi que marqué par les fruits cuits, qu’ils soient tropicaux ou agrumes. On y retrouve même quelques notes de vin cuit pour compléter le tableau.

Bouche

En bouche c’est nettement sucré. Nous relevons tous ce caramel vanillé qui caractérise le Ron classique et que l’on retrouve ici. À côté nous retrouvons tout de même quelques fruits (tropicaux, figue, abricots secs, agrumes, raisins), un léger côté pâtissier avec du massepain, ainsi qu’une pointe de fumée. La longueur est courte mais relativement marquée par le soufre.

4 – La Hechicera Experimental n°1 – 43%

Direction la Colombie ensuite pour plonger dans la distillerie de La Hechicera.
Cette distillerie, à petite échelle par rapport aux mastodontes de la région, propose des rons élevés en Solera et jouit d’une bonne réputation parmi les amateurs plus exigeants.
Outre sa référence « classique », elle a sorti cet « Experimental n°1 », qui est en fait un rhum de 12 à 21 ans ayant vieilli en fût de Bourbon avant de subir une finition en fût de Moscatel. Il faut relever la multitude d’informations reprises sur les étiquettes de la bouteille, avec notamment la vie complète du fût de Moscatel avant qu’il ne contienne ce rhum…
J’avoue ne jamais avoir vu autant d’informations, et ça c’est une très bonne chose, la transparence en 2021 ne devrait plus être un choix fort à poser mais plutôt la norme.

Nez

Au premier contact le nez est très « vanillé-sucré » mais cette impression s’atténue assez vite avec l’ouverture (même si la vanille et le caramel restent parmi les marqueurs principaux). Le profil s’allège avec des notes de fruits à coque, de boisé légèrement grillé et même de foin (pour Thomas). Rayon fruits il y a de l’orange, des fruits tropicaux et une rondeur presque vineuse.

Bouche

Aux marqueurs repérés au nez et donc attendus que sont le caramel grillé, la vanille, le boisé et l’orange s’ajoutent le café qui vient enrichir le profil qui paraît nettement plus sec que le rhum précédent (ce qui n’est pas un défaut hein 😉 ). La longueur est de nouveau relativement faible, mais ça aussi c’était attendu et classique du genre.


5 – Eminente Reserva 7 ans – 41.3%

Le rhum suivant a fait le « buzz » ces derniers mois, non pas à cause de son contenu, mais plutôt à cause de la société qui est derrière. En effet, derrière cette bouteille d’Eminente se cache le grand groupe du luxe LVMH, notamment propriétaire de Louis Vuitton.
L’entrée d’un tel groupe dans le monde du rhum a évidemment fait couler beaucoup d’encre mais est-ce pour autant le seul intérêt de cette bouteille? Et bien non car pour réaliser cette bouteille le groupe a mis les moyens où il le fallait.
D’abord au niveau packaging: la bouteille est du plus bel effet, avec cet effet « peau de crocodile » et des étiquettes « vintage », c’est vraiment réussi. Ensuite niveau contenu puisqu’elle s’est adjoint les services, entre autres, d’Alexandre Vingtier, pour réaliser cet assemblage de rhums cubains vieux de 7 ans. Le-dit assemblage contenant 70% d’aguardientes vieillies, auxquelles sont ajoutés 30% de rhum cubain plus léger. Le tout a vieilli en fût de whisky et présente le prix le plus bas de la sélection de rhums vieux du jour (sous les 50€).

Nez

Le profil est immédiatement intéressant par sa diversité. Relativement léger, il exhale tout de même des fruits (ananas et écorce d’orange notamment), du boisé caramélisé, des notes florales et des notes pâtissières. Le tout est subtilement arrosé de notes légèrement grillées, de fruits secs et d’une pointe de tabac.

Bouche

Le côté sucré/caramel est ici plus discret et ça fait du bien. le boisé est plutôt sec, avec des touches grillées. La vanille se pare de notes florales (rose), de miel et d’un fruité diffus (avec de la cerise amère). Les notes pâtissières du nez sont toujours là également mais la longueur est relativement faible de nouveau. Dommage il nous plaisait bien celui-là 🙂

6 – Plantation Peru 2006 – 47.9%

Le rhum suivant, si vous suivez le blog, vous le connaissez déjà puisque je vous en parlais il y a quelques semaines.
Direction donc le Pérou pour un rhum de 2006, ayant passé 11 ans en fût de Bourbon sur place avant de terminer par 3 ans en fût de Cognac en Charente. Je ne vais pas reprendre plus de détails ici, ils se trouvent dans cet article.
Sachez juste qu’il a été bien apprécié par les participants de la soirée même s’il a été devancé au vote final 😉


7 – S.B.S. Panama 2010 Olorosso – 54%

Retour au Panama avec un embouteilleur que nous connaissons bien maintenant puisqu’il s’agit de 1423 S.B.S. Il nous propose ici un rhum distillé en colonne en 2010, ayant vieilli 9 ans en fût de Bourbon et ayant subi une finition en fût d’Olorosso.
Au total il n’y a qu’un seul fût, donc moins de 300 bouteilles, et le rhum est embouteillé à 54%, nous franchissons donc largement le palier psychologique des 50%.

Nez

L’influence de la finition en fût Olorosso est bien marquée, aucun doute. Le profil est vineux, légèrement soufré/poudre à canon, et en même temps rond sur le bois toasté. Les fruits tantôt jaunes/tantôt rouges et la vanille nous rappellent qu’on est au Panama et sont complétés par des notes pâtissières/beurrées intéressantes.

Bouche

L’apport des 54% d’alcool est évident dès la première gorgée: pour les amateurs de rhums plus expressifs que nous sommes ils font un bien fou à ce rhum. Il est vif en bouche et expressif, avec de nouveau un côté Ron classique mais relevé par la finition Olorosso, principalement via le boisé (le finish est même trop marqué pour François). La vanille est marquée de notes empyreumatiques, avec ce côté vineux qui ressort. Le fruité est plus léger, plutôt sur les fruits à chair blanche, et enrobé dans les notes pâtissières toujours beurrées.
On a également enfin une belle longueur, ça aussi on le doit aux 54% qui décidément sont plus que bienvenus!

8 – Coloma « Cave Passion » Single Cask 2006 – 61%

Retour en Colombie pour le dernier rhum de la soirée, et direction la distillerie Coloma. Mais on ne peut pas dire que le vol Colombie-Belgique ait été direct puisqu’il s’agit là de l’embouteillage réalisé pour la Cave Passion, célèbre adresse et point obligatoire de tout passage en Andorre.
Je vous passe les étapes intermédiaires par lequel ce rhum a dû passer pour arriver chez nous (encore merci à qui-de-droit) mais toujours est-il que ce rhum distillé en 2006 a passé 13 ans en fût de chêne américain. Il a ensuite séjournée quelques semaines en fût de liqueur de café, véritable marque de fabrique de la distillerie Coloma.
Le rhum a ensuite été embouteillé au degré naturel, à savoir 61%, pour nous parvenir dans une jolie carafe (au bouchon fragile en revanche).

Nez

Le côté brut de fût et les 61% qui vont avec ne sont pas la chose la plus marquante au premier contact. L’alcool est bien intégré et ne brûle pas, il se ferait même discret. Le nez est assez boisé, plutôt doux, avec une fraîcheur fruitée (sur le melon) et végétale (sur le foin) bienvenue. Les marqueurs classiques du genre sont bien moins présents malgré quelques notes de torréfaction et un petit côté toasté.

Bouche

Sur le palais on sent déjà plus le taux d’alcool, même si celui-ci est contrebalancé par une petite sucrosité. Le boisé est nettement marqué par la vanille et le café, accompagnés de notes épicées (fève tonka et réglisse notamment) et d’une note mentholée qui vient apporter un peu de fraîcheur. La longueur est correcte et cohérente avec la dégustation.


Conclusion

Si je devais résumer la soirée ça ressemblerait à un « bordel que ça fait du bien de se revoir »… Maintenant ça vous fait une belle jambe alors je vais plutôt conclure sur les rhums de la soirée 😉

À l’applaudimètre le résultat est sans équivoque et 2 rhums se payent une large majorité des votes. Le vainqueur toutes catégories étant le SBS Panama 2010, suivi de près par l’Eminente Cuba 7 ans. La complexité du SBS et le rapport qualité/prix de l’Eminente ont su faire écho chez les participants et nul doute que certains auront craqué après là soirée.

La soirée nous aura donc permis de faire de jolies découvertes dans une partie du monde que nous n’explorons que peu en bons amateurs d’agricole que nous sommes! Le défi est donc relevé et il est maintenant temps de penser à la soirée suivante qui s’annonce aussi haute en couleurs 🙂

Retrouvez ces rhums sur l’application RumX, par exemple le Ferroni Panama

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