Saison 3: 2018-2019, Soirées Amis des Amis du Rhum

S3 E2: À la découverte de Trinidad

Couverture 2

Que le temps passe vite! A peine le temps de clôturer la soirée Maurice, d’enchaîner avec le Whisky Live Paris et le Salon du Rhum de Spa que nous voilà déjà à la deuxième soirée de l’année! En route donc pour une plongée parmi les rhums de l’île de Trinidad!

Préambule

Cette soirée a un goût particulier pour moi (non pas le goût de pétrole… quoi que) puisque c’est la première pour laquelle je lâche le micro (c’est une image hein, on n’a pas de micro). Alors pourquoi diable ne pas présenter la soirée moi-même comme d’habitude? Simplement parce que tous ceux qui me connaissent un peu le savent, je n’aime vraiment pas les rhums de chez Caroni. Du coup, plutôt que de tenter de présenter objectivement des rhums que je n’apprécie pas du tout, j’ai demandé à Thomas Roulez de s’en charger. Le corrolaire de l’histoire c’est que pour une fois, je n’ai pas été maître du line-up, en tout cas pas le seul 😉

Alors oui, Trinidad c’est principalement Caroni mais pas seulement. Du coup nous aurons un line-up reprennant une majorité de Caroni, mais agrémentés d’Angostura aussi, l’autre distillerie de l’île. Les deux distilleries sortaient des rhums à base de mélasse mais si l’un tourne toujours (et pas qu’un peu) l’autre, Caroni, a fermé ses portes depuis 2001. Quelques années plus tard un certain Luca Gargano, mettant la main sur le vieux stock de la distillerie, lancera le mouvement qui court toujours actuellement et qui fait des rhums de chez Caroni des rhums parmi les plus recherchés au monde.

Une petite sélection hydrocarburée

1 – Plantation 3 Stars – 41,2%

Commençons par ce « blanc », qui est en fait un assemblage de 3 origines: Trinidad (rhums vieillis entre deux et trois ans), la Barbade (rhums jeunes) et la Jamaïque (rhums très vieux). L’assemblage de tous ces rhums par Plantation nous donne un profil très particulier pour commencer cette soirée!

Visuel

L’avis de Michaël : On commence par une petite supercherie, car ce 3 stars n’est pas un « vrai » blanc. Celui-ci a été blanchi (filtré sur charbon) et n’est pas entièrement incolore. Dans le verre, il dévoile quelques reflets jaunâtres, comme si on avait lâché quelques gouttes de vieux dans un verre de blanc.

Nez

Pour Michaël le nez est assez fort sur le solvant, avec une pointe « sûre ». C’est herbacé, végétal, mais le solvant reste bien trop omniprésent. Il y retrouve aussi une pointe de banane trop mûre (l’influence du jamaïcain dans le blend?). Cédric L lui y retrouve en plus un peu de canne.

Bouche

Michaël trouve la bouche puissante malgré son petit 41,2%, et principalement sur des notes épicées. Le côté végétal vient ensuite, et reste en fin de bouche. Cédric y retrouve lui un peu de coco et d’amande.

En conclusion, on se retrouve avec un assemblage intéressant, qui allie des notes plus douces et d’autres plus puissantes. Plutôt destiné à la mixologie bien entendu.


2 – Angostura 1787 – 40%

Nous continuons avec ce rhum de « l’autre » distillerie de l’île (tellement Caroni lui fait de l’ombre), à savoir Angostura (Trinidad Distillers Limited). Alors vous me direz: comment savoir si un rhum étiquetté « Trinidad » vient de chez Caroni ou de chez Angostura? Et bien c’est facile: si c’est un Caroni, c’est écrit dessus, à coup sûr (valeur marchande oblige). Du coup si ça ne l’est pas, bah c’est écrit plein d’autres choses mais pas Caroni (en vrac « Trinidad », « TDL » ou autre appellation) :p

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Présentons donc le rhum que nous dégustons: il s’agit là d’un rhum qui compte 15 ans au compteur, tous passés en fût de chêne américain. Pour l’anecdote, 1787 est l’année de l’implantation du premier moulin à sucre sur l’île par les producteurs français (de la Peyrouse en l’occurence), 10 ans avant la conquète de l’île par les britanniques.

Visuel

La robe est d’un bel acajou: ça brille et ça semble gourmand.

Nez

Nous y retrouvons au nez des agrumes avec notamment de l’orange en tête. D’autres fruits exotiques suivent comme la banane par exemple. Des notes mentholées et de compote viennent complèter le tableau, ainsi que quelques notes de boisé.

Bouche

En bouche nous retrouvont un boisé très présent, presque fumé, mais légèrement fruité (sur les agrumes) qui enveloppe la bouche. Quelques notes de fruits secs également (pruneaux, raisins) ainsi qu’une pointe de tabac. Ce rhum est long en bouche, sur des notes assez régulières.

Un rhum assez facile d’accès mais au goût prononcé qui plairait aux amateurs de « Ron ».


3 – Plantation Trinidad 2000 – 42%

Grâce au moyen que je vous ai donné juste au-dessus, vous savez maintenant que ce Plantation Trinidad vient de chez Angostura (sinon ça serait un Plantation Caroni). Enfin en théorie… En pratique c’est un rien plus compliqué 😀

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En effet, ce millésime 2000 (comme le 1996 précédent) date de l’époque ou Caroni distillait encore. Et à cette époque TDL recevait en retour de sa mélasse du Caroni blanc pour relever ses blends. Le résultat c’est, entre autres, ce Plantation Trinidad 2000.

Visuel

Le rhum est jaune paille, à peine plus foncé qu’un « élevé-sous-bois ».

Nez

Pour Cédric L, le nez est un mélange d’agrumes, de camphre, de pétrole et d’une belle mélasse. Michaël lui trouve le nez assez fruité mais sec pour rapidement évoluer sur des notes pâtissières.

Bouche

La bouche de celui-ci est plus agréable que celle du précédent pour Michaël. Il y trouve des notes de piment, de boisé (mais exotique) et de grillé. Par contre, le rhum semble assez léger avec une finale plutôt courte. Les arômes s’effacent assez vite du palais, laissant une fin de bouche sur la braise froide.

Voilà donc une belle introduction, toute en douceur, aux arômes de Caroni qui bien que seulement « suggérés » étaient bien reconnaissables dans ce Plantation.


4 – Velier Caroni 12 – 50%

On a suffisamment patienté, il est donc temps de s’y plonger: direction le premier de nos Caroni de la soirée (mais pas le moindre). Ce blend, sorti par Velier, a donc vieilli minimum 12 ans en tropical. Il est sorti à plusieurs dizaines de milliers de cols mais, hype Caroni/Velier oblige, son prix a déjà plus que triplé…

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Visuel

On retrouve un visuel assez proche de celui du Plantation Trinidad 2000, légèrement plus foncé.

Nez

Au nez pas de doute: c’est un Caroni dans tout ce qu’ils peuvent avoir de plus extravagant. On est à fond sur l’hydrocarbure, le pneu brûlé et le solvant. Quelques arômes de vanille, d’orange et de réglisse sont dissimulées là-derrière et parviennent à se frayer un chemin de temps en temps mais c’est léger.

Bouche

La bouche vient confirmer tout ce qu’on avait décelé aux premières notes du nez: des tanins, du caoutchouc brûlé, du goudron et du pneu. En arrière plan toujours un peu de fruit et une note de piment. La finale reste sur ces aspects bitumineux, un peu d’amandes et de fruits.

Le verdict est clair, ni Michaël ni les deux Cédric n’ont aimé. D’ailleurs le palais de Michaël est en PLS et il lui envoie des SOS :p


5 – Rum Nation Caroni 18 – 55%

Quand on parle de Caroni on associe directement la distillerie à Velier et pourtant ils ne sont pas les seuls à en avoir embouteillé, loin de là. Direction un autre embouteilleur indépendant italien: Rum Nation, avec ce Caroni 18 ans, vieilli 12 ans aux Antilles pour ensuite passer 6 ans en Angleterre. Plus de 5800 bouteilles pour cet assemblage de 20 fûts.

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Visuel

L’avis de Michaël : Il a une jolie couleur, entre le miel liquide foncé et le cuivre, limite acajou. il brille, pourquoi ça à l’air si gourmand ?

Nez

Le côté pneu brûlé Caroni est toujours présent mais il est moins monolithique et varie plutôt sur le fumé/brûlé. Il laisse de la place à des arômes de vanille, de coca, de cire à bois, de raisins, de pruneaux et d’aromates, le tout englobé dans un joli boisé.

Bouche

En bouche les marqueurs Caroni sont présents également mais comme pour le nez, il partagent l’espace avec d’autres arômes. Du coup on retrouve des tanins et des épices en plus des arômes lourds. La finale est longue, bien présente, sur les tanins et le caoutchouc/bitume mais aussi sur les fruits, avec une pointe de fruits à coques et d’amertume rappelant à Cédric L le zest d’orange.

En conclusion on a un bon compromis entre les marqueurs Caroni, les fruits et le bois. Cédric L a apprécié


6 – Velier Caroni 17 – 55%

Retour chez Velier avec un autre blend, mais de minimum 17 ans celui-ci. Toujours vieilli sous les tropiques évidemment mais avec un profil relativement différent du 12 ans précédent!

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Visuel

La robe oscille entre le miel et le cuivre.

Nez

Michaël y trouve des notes similaires au 12 ans, avec un côté « sirop pour la toux ». C’est un peu anisé pour lui. Les aspects caroni sont moins fort que le 12, on a la mélasse, des épices, un beau boisé et un peu de fruit. Quelques notes fumées pointent le bout du nez aussi.

Bouche

De nouveau le profil est à la fois proche et pourtant éloigné du 12 ans. Les notes caroni sont plus discrètes, ce qui fait un rhum beaucoup plus équilibré. Il y a quelques notes florales identifiables, et du cacao amer. Il y a aussi un coté boisé et un peu de fruits.

La finale est vraiment très longue, sur des notes douces de caroni, de fruits et ce cacao amer. Il ne convainc toujours pas Michaël mais pour Cédric L. il rentre dans les caroni qu’il aime, malgré une finale un peu trop goudronnée.


7 – Bristol Caroni 1997-2016 – 61,5%

Enfin direction l’autre embouteilleur « star » de Caroni: Bristol. En effet les seuls Caroni dont on entend régulièrement qu’ils rivalisent avec les Velier viennent de chez Bristol. Direction donc les chais écossais pour ce dernier rhum de la soirée, vieilli 19 ans sous le rude climat britannique.

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Visuel

La robe est vieil or patiné / brun. Ça brille délicatement. Ça semble être un liquide précieux.

Nez

Le nez est puissant: logique vu les watts présent dans le breuvage. Niveau arômes on est d’abord sur les solvants, suivis rapidement par les marqueurs Caroni…du bitume, du goudron, du boisé très fort. Des notes de tabac, de fumée (voire de torréfaction), de cuir et une pointe fruitée (sur le fruit noir) viennent compléter le nez.

Bouche

La bouche est une véritable explosion de saveurs mais sans le feu de l’alcool qui est relativement bien intégré. C’est en premier lieu grillé, voire sur le cuir, avant de repasser sur du bitume mais bien moins astringent. On repasse par après sur du fruit mûr, avec du tabac, du caramel et une pointe végétale (olive).

La finale est douce, les marqueurs ne restent pas en bouche, contrairement au 17 ans et au Rum Nation. Subsistent plutôt le caramel et la cerise.

Un coup de coeur pour Michaël et Cédric L!


Conclusion

La thématique de la soirée, et à fortiori la partie Caroni, était très clivante et le résultat s’est ressenti parmi les participants. Certains on rejoint mon avis personnel, à savoir une sorte de « beurk » sur chaque note goudronnée. D’autres ont au contraire beaucoup aimé, qu’ils soient nouveaux ou plus confirmés en matière de rhum en général et de Caroni en particulier.

Cédric L attendais cette soirée avec impatience suite à des expériences en Caroni mitigées. Au final il repart mitigé également, pas du côté des « beurk » mais pas non plus follement amoureux. Sa définition du Caroni réussi est un équilibré, dans lequel les marqueurs typiques sont présents mais laissent la place à d’autres arômes tels qu’un boisé, du fruit, des épices, etc.
Son top 3 de la soirée: Bristol 1997, Rum Nation 18 et Plantation 2000. Le 17 ans échoue au pied du podium.

Michaël se situe clairement dans la première catégorie, celle des « beurk », même si certaines ont trouvé grâce à ses yeux. Il était venu par curiosité et la découverte lui a permis de réaliser que ce n’était vraiment pas à son goût. Je lui laisserai donc le mot de la fin: « Faut aimer lécher la voirie après le passage récent d’un finisseur d’enrobé. Si si, vous savez ce que c’est 😉 « 


PS: Dégustation Bonus: Bristol Caroni 1989 – 43%

Dégustation au calme d’un sample offert par l’ami Roger Caroni qui tente par tous les moyens de me faire basculer du côté obscur des hydrocarbures 🙂

Nez

Le nez est directement très marqué par les hydrocarbures. Plus léger que le goudron, plutôt sur l’essence (ça laisse rêveur hein). Cet arôme est omniprésent et masque vraiment le reste. Par moments la vanille parvient à se faire une petite place là-dedans mais c’est fugace. Malgré l’aération rien n’y fait, l’essence continue de masquer le reste…

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Bouche

En bouche on prend les même et on recommence: une explosion d’essence en première bouche. De nouveau elle masque très fort les quelques fruits présents mais ils réussissent quand même à s’exprimer une fois l’essence éteinte. En vrac je dirais principalement du raisin et de la vanille, mais tous deux sont teintés de carburant… Bref, vraiment pas à mon goût!

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