Il y a des valeurs sûres dans l’agenda annuel d’un amateur de spiritueux. Et au sommet de celles-ci se trouve le Whisky Live Paris! Direction donc l’édition 2025 de ce salon qu’on ne présente plus tant il est riche, en dégustation évidemment, mais surtout en rencontres!
Premier arrêt, l’évidence Grosperrin
Une famille, 2 stands et des bouteilles issues d’un autre temps, voilà qui pourrait résumer le salon des Cognacs Grosperrin. Derrière les stands les tauliers Guilhem et Axelle nous ont sélectionné de quoi passer des heures entières à déguster… plongez avec moi:
- Fins Bois 1986: de la finesse, un boisé léger et fruité, un joli cognac millésimé pour se mettre en jambe
- LeRoch XO: la gamme « permanente » de la maison, avec un assemblage de qualité. Au menu de jolies notes de chocolat, de la rondeur et des épices.
- Fins Bois n°45: rhoo c’est bon ça… des fruits noirs bien gourmands, un boisé enrobé et gras à souhait. Une magnifique longueur qui enclein à siroter longuement cette pépite. Une fois terminé le verre vide émane un leger empyreumatique qui ajoute encore de la complexité à l’ensemble. Un délice!
- Fins Bois n°67: Guilhem nous sort de sa cave une mise d’il y a 15 ans, aux balbutiements de la maison Grosperrin. Un nez fruité assez frais et une bouche piquante sur la langue. Un ressenti d’un Cognac jeune (dixit Guilhem), avec un fruité présent mais pas gourmand, plus sur le fruité frais.
- Bons Bois n°39 (succession): une autre pépite sortie de la cave, avec un embouteillé sans doute de la finesse du 19e Siècle, qui titre à une cinquantaine de degrés. Le nez est porté sur une douceur toute teintée de fruits jaunes. La bouche est elle aussi toute en délicatesse, avec un joli boisé arrondi, fruité, accompagné d’un joli rancio marqué de tabac brûlé. Une belle dégustation, bien plus à mon goût que le Fins Bois précédent.

Tant qu’à être dans le Cognac, faisons une parenthèse avec Amy et Jean Pasquet. Pas de stand pour eux cette année, mais un happening tout au long du salon en mode « où est Charlie? ». Ils proposent à la dégustation un pineau délicieux mais surtout le nouvel opus des trésors de famille, le Cognac de Charles, une Petite Champagne de 1998 qui titre à 52,7%. Si le nez tire plutôt sur le fruit vert et la fraîcheur, la bouche est nettement orientée sur une gourmandise ornée de fruits noirs. Une belle réussite une fois de plus!
Et si on passait au Rhum?
Arrêt habituel là aussi, direction le stand Savanna. Toute la fine équipe est derrière le stand, même le maître de chai Thierry Grondin. L’occasion de discuter technique, vieillissement et composition des assemblages. Un échange très intéressant dont le contenu n’apparaîtra pas ici 😉
Côté dégustation en revanche on a eu l’occasion de goûter quelques trucs sympas:
- Repy, le nouvel opus de la gamme « Art of Rum », un assemblage de deux rhums blancs (un agricole et un grand arôme), vieillis ensemble en chai humide. Le résultat est bien marqué par le Grand Arôme, avec des olives bien présentes et un peu de notes fumées.
- Absolu 2025, cette année on a un assemblage de traditionnel C20, de traditionnel Savalle, de Grand Arôme et d’agricole. Le nez est fumé, la bouche est cohérente à ce que j’en attendais. Ma perception immédiate est que je lui préfère le 2024 qui m’avait bien plu, mais à regoûter.
- One Rum, le rhum disponible uniquement sur l’île est exceptionnellement en dégustation sur le salon. Au programme encore un assemblage de traditionnel avec quelques touches de high ester. Le nez est léger, avec des effluves de Grand Arôme et des notes d’Eucalyptus. La bouche est agréable, toujours les notes de Grand Arôme, un boisé léger. Un beau rapport qualité/prix pour qui se rend sur place.
- Unshared Cask Danemark et République Tchèque: j’ai nettement préféré le tchèque (sans surprise, plus de Grand Arôme dedans). Le danois est agréable mais assez classique, le tchèque plus funky même s’il manque de caractère.

Passage ensuite chez Bally et Saint James histoire de goûter quelques nouveautés:
- La nouvelle carafe Art Déco #3 est classique de ce que fait Bally, un nez fin et une bouche boisée élégante. Je l’ai trouvé proche du #2, légèrement plus fruité mais aussi un peu moins complexe au niveau du nez.
- Brut de fût 2009: le nez est vif, expressif et complexe. L’ouverture lui fait du bien, avec un beau tabac herbacé qui annonce une bouche boisée et fruitée. Le profil herbacé revient dans la longueur. Un rhum plus expressif que les Bally habituels, ce qui explique sa sortie en Brut de fût, donc en mode « hors-série ».
- Côté Saint-James, nous dégustons le « Double Oak », passé en fût d’Armagnac et de Porto (d’où le nom). Le nez est marqué boisé sec, la bouche s’enrichit de réglisse pour gagner un peu en gourmandise.
- Cuvée « 260 ans »: un assemblage historique de 6 millésimes (1997-1998-2001-2004-2006-2009). Côté dégustation, le nez est fruité et boisé, agréable mais pas surprenant. La bouche en revanche est éteinte, boisée mais sans élément notable. Une déception en ce qui me concerne (mais j’ai toujours eu du mal avec le profil Saint James).

Continuons en Martinique en nous dirigeant vers Neisson:
- Cuvée Equilibre #2: nouvel assemblage pour succéder à un premier opus très réussi. Au programme, un 50% de profil 107 de 18 mois et 50% de profil Mizunara de 19 mois. À la dégustation, le nez est végétal, la rondeur arrive en bouche mais pas de woaw comme avec le #1. La barre était trop haute…
- Straight From The Barrel n°698: une belle rondeur en bouche, sans doute mon préféré sur le stand.
- Empyreumatique: Nouveauté maison avec un XO dont les deux tiers sont issus de fûts ex-Cognac et dont le dernier tiers vient de fûts ex-Bourbon. La dégustation nous emmène sur le tabac blond et le bois, avec une bouche agréable mais moins empyreumatique qu’escompté. La longueur fait ressortir la réglisse pour un joli rhum malheureusement au positionnement tarifaire bien trop élevé (une habitude chez Neisson).

Dégustons un peu de mélasse chez New Grove, avec la cuvée qui fait beaucoup parler d’elle (en bien), la cuvée Inception. Au programme un assemblage de deux fûts de 21 ans issus du millésime 2004 (bien connu des amateurs de la distillerie mauricienne). Le nez est plutôt boisé, avec un peu de fruits tout de même. En bouche je retrouve plutôt le boisé et le tabac, ça manque de fruits pour moi qui aime les profils bien fruités noirs que la distillerie sait nous proposer.
Armagnac et Calvados, de quoi bien terminer
Terminons en dehors du rhum, avec d’abord les Calvados de chez Drouin. La gamme est bien connue de notre petit groupe, nous nous concentrons donc sur les nouveautés. Les parcellaires du « Comte de Lauriston » nous partagent, avec un top personnel du 2007 au-dessus des 2010 et 2014, à mon goût. Nous goûtons aussi le nouvel opus de la gamme « Angels », avec le vieillissement en fût Savanna: un Calvados sympa, agréable sur le boisé et un fruité léger, mais le finish rhum est très discret.

Enfin autre arrêt habituel, L’Encantada Armagnac, avec là aussi une gamme bien connu mais une dégustation du nouveau Domaine du Pin 2006, avec un joli nez, typé boisé et fruité habituels de la région. La bouche est cohérente, même si le bois se fait un peu plus de place dans le profil aromatique.
C’est sur cette notre du sud-ouest que notre salon se termine. Ce fût encore une très belle édition même si les confidences de certains producteurs font craindre pour les années à venir, tant certains nous ont confié avec des difficultés et voir le marché s’épuiser. L’opulence est terminée, et il y a un risque non négligeable qu’un tri se fasse entre les maisons aux reins solides et les passionnés qui privilégient la qualité au financier. Croisons les doigts pour que ces derniers passent la tempête, et surtout soutenons-les!